Patrice Deweer – Le Feu Follet (livre)

Le texte qui suit est directement inspiré des photographies présentées par Patrice Deweer dans le livre “Le Feu Follet”. Il est inséré à l’ouvrage. (LB)

 

photo livre Patrice Deweer

Un photographe explore la nuit. La ville brûle en lui comme un carburant.

Il lui appartient.

Quelqu’un dans une voiture, dans un bar, dans un hôtel. Quelqu’un est élégant.

Quelqu’un est échoué.

Quelqu’un joue à être un serveur ou une danseuse.

La ville titube.

 

Quelques-uns sont des enfants sauvages. On disait que j’étais insouciant.

La peur est sauvage.

La folie est une option.

Quelqu’un n’est ni vivant ni mort.

S’enflamme sans chaleur. Ne touche pas le sol.

Ne sait plus qui il est, ne cherche pas.

Rit.

 

Un arbre a tout vu du haut de la montagne. Il est là depuis longtemps.

Un photographe est étonné.

La vérité s’éveille avec le soleil.

 

Laurence Baud’huin 2016

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Patrice Deweer – Le Feu Follet (livre)

Patrice Deweer – Le Feu Follet – Préface du livre

photo livre Patrice Deweer

Les photographies présentées dans cet ouvrage sont toutes des réactions spontanées aux ambiances qui s’offrent à Patrice Deweer au cours de ses errances. Elles témoignent à la fois de sa faculté à s’enthousiasmer, de son goût pour l’exploration dans et loin des villes et de son questionnement sur la nature, humaine ou non.

Les histoires que nous racontent les personnages – souvent sans visages et hors du temps  – présents dans ce livre sont infinies. Pourtant, toutes brûlent d’un même feu. De là ce titre, Le Feu Follet, en référence au roman de Drieu La Rochelle dans lequel un homme se consume jusqu’au suicide, mais aussi à la magie féerique qu’engendre le phénomène atmosphérique, la nuit dans les cimetières ou à la surface des marécages. L’ambiance particulière qui émane des images touche aussi au film noir, à l’interlope, dans une esthétique assumée qui nourrit encore la narration.

En contrepoint, les photos de nature offrent une respiration : d’un monde à l’autre, la sauvagerie n’est pas forcément là où on pourrait l’attendre. Dans ce livre, Patrice Deweer, chasseur aux aguets et promeneur solitaire, nous invite avec élégance et sincérité à ne pas l’oublier.

Laurence Baud’huin

Patrice Deweer – Le Feu Follet – Préface du livre

Patrice Deweer – Le Feu Follet

Patrice Clignoteur

Pour Le feu follet, Patrice Deweer présente une série de photographies où la nature apparaît dans une prétendue authenticité, sans âge ni souillure. Sauvage ? Indomptée ? Patrice n’est pas dupe. Il sait que la photo ment toujours. Il s’enfonce dans les bois avec son matériel sur le dos, chambre technique et trépied. Il travaille de nuit et ses temps de pause font des tours d’horloge : l’humain, le temps sont des réalités indissociables de chacune de ses images. Pourtant, la promenade est empreinte de romantisme et c’est de cet échange entre technique et états d’âme que naissent les photos. L’impact de la nature est bel et bien réel.

Les photographies de Patrice lui ressemblent. Elles s’émerveillent devant le beau et le terrible, le besoin de profondeur et de frisson. Ce sont des images d’émotion. Pourtant, on y lit aussi la maîtrise technique et le contrôle, le raffinement. La raison s’y distille. Patrice est incontestablement un citadin, un esthète cultivé, un chercheur. Mais c’est aussi un homme guidé par le regard et le goût pour ce qui peut sembler féerique, sombre, excitant. Plus artiste que scientifique, il se sent libre des contraintes objectives et face à ses questions, choisit la référence plutôt que la réponse.

Humanité – nature, art – science, couleur – monochromie, spontanéité – contrôle, mensonge – vérité, une série de concepts contraires et réciproques est à la base de tout son travail. Ainsi ces feux follets, phénomènes atmosphériques étranges et inexpliqués, ghost lights à la fois séduisants et terrifiants qui enchantent les promeneurs mais les attirent dans les marécages. Ainsi, également, la mise en espace au Clignoteur, qui plonge le visiteur dans une ambiance de mystère pour laquelle obscurité et brouillard sont recréés dans une artificialité assumée.

Où commence, où s’arrête la notion de nature ? A l’ère anthropocène[1], alors que le point de non-retour climatique est atteint, isoler l’homme de l’équation est devenu impossible. D’autres questions se précipitent alors : est-il toujours possible d’errer ? Peut-on encore s’étonner ? Que recouvre, aujourd’hui, la notion de sauvagerie ?

Poursuivant sa recherche, Patrice Deweer intègre dans cette exposition un livre éponyme, dans lequel il propose en perspective une série de photos spontanées, à la fois scènes de villes et paysages. Errance et perte de repères prennent alors un autre sens, celui d’une fuite en avant, d’une ivresse. L’étonnement touche à la fascination ; la sauvagerie à la solitude et à la violence. Pourtant, la beauté, le mystère, affleurent à chaque page. L’exploration, qu’elle soit sylvestre ou urbaine, amène le photographe à la réconciliation des extrêmes, à éclairer d’un rayon de lune notre part d’ombre.

Ici encore brûle le feu follet, merveilleux et pourtant né de la putréfaction.

Laurence Baud’huin, mars 2016

[1] Néologisme popularisé en 1995 par Paul-Joseph Crutzen, Prix Nobel de chimie, et qui désigne l’ère géologique actuelle, marquée par l’influence des hommes sur la biosphère et le climat.

Patrice Deweer – Le Feu Follet