Patrice Deweer – Le Feu Follet

Patrice Clignoteur

Pour Le feu follet, Patrice Deweer présente une série de photographies où la nature apparaît dans une prétendue authenticité, sans âge ni souillure. Sauvage ? Indomptée ? Patrice n’est pas dupe. Il sait que la photo ment toujours. Il s’enfonce dans les bois avec son matériel sur le dos, chambre technique et trépied. Il travaille de nuit et ses temps de pause font des tours d’horloge : l’humain, le temps sont des réalités indissociables de chacune de ses images. Pourtant, la promenade est empreinte de romantisme et c’est de cet échange entre technique et états d’âme que naissent les photos. L’impact de la nature est bel et bien réel.

Les photographies de Patrice lui ressemblent. Elles s’émerveillent devant le beau et le terrible, le besoin de profondeur et de frisson. Ce sont des images d’émotion. Pourtant, on y lit aussi la maîtrise technique et le contrôle, le raffinement. La raison s’y distille. Patrice est incontestablement un citadin, un esthète cultivé, un chercheur. Mais c’est aussi un homme guidé par le regard et le goût pour ce qui peut sembler féerique, sombre, excitant. Plus artiste que scientifique, il se sent libre des contraintes objectives et face à ses questions, choisit la référence plutôt que la réponse.

Humanité – nature, art – science, couleur – monochromie, spontanéité – contrôle, mensonge – vérité, une série de concepts contraires et réciproques est à la base de tout son travail. Ainsi ces feux follets, phénomènes atmosphériques étranges et inexpliqués, ghost lights à la fois séduisants et terrifiants qui enchantent les promeneurs mais les attirent dans les marécages. Ainsi, également, la mise en espace au Clignoteur, qui plonge le visiteur dans une ambiance de mystère pour laquelle obscurité et brouillard sont recréés dans une artificialité assumée.

Où commence, où s’arrête la notion de nature ? A l’ère anthropocène[1], alors que le point de non-retour climatique est atteint, isoler l’homme de l’équation est devenu impossible. D’autres questions se précipitent alors : est-il toujours possible d’errer ? Peut-on encore s’étonner ? Que recouvre, aujourd’hui, la notion de sauvagerie ?

Poursuivant sa recherche, Patrice Deweer intègre dans cette exposition un livre éponyme, dans lequel il propose en perspective une série de photos spontanées, à la fois scènes de villes et paysages. Errance et perte de repères prennent alors un autre sens, celui d’une fuite en avant, d’une ivresse. L’étonnement touche à la fascination ; la sauvagerie à la solitude et à la violence. Pourtant, la beauté, le mystère, affleurent à chaque page. L’exploration, qu’elle soit sylvestre ou urbaine, amène le photographe à la réconciliation des extrêmes, à éclairer d’un rayon de lune notre part d’ombre.

Ici encore brûle le feu follet, merveilleux et pourtant né de la putréfaction.

Laurence Baud’huin, mars 2016

[1] Néologisme popularisé en 1995 par Paul-Joseph Crutzen, Prix Nobel de chimie, et qui désigne l’ère géologique actuelle, marquée par l’influence des hommes sur la biosphère et le climat.

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Patrice Deweer – Le Feu Follet

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