De proche en proche / Histoires de cœur.

Un article de Caroline Coco et Laurence Baud’huin paru dans le Secouez-vous les idées N°119 / https://www.cesep.be/index.php/publications2/secouez-vous-les-idees/notre-dernier-numero

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La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

SECOUEZ_119

S’approcher. Jusqu’à être (des)proche(s). Réduire la distance et les intermédiaires. S’engager. Se mouiller le maillot. Entrer en relation. Prendre des risques. Être intime sans être intimidé. Toucher. Se toucher du doigt et du dire. Argumenter. Assumer. Les trois portraits qui suivent parlent de courage et d’honnêteté, de persistance, de générosité. Rencontres, à cœur ouvert…

Norma Prendergast, en approche pour un monde plus tendre

Norma Prendergast est une immigrée d’Irlande. Il y a bientôt trente ans, Norma a choisi Bruxelles, et Bruxelles a accueilli Norma. Depuis, grâce à la vidéo, à la photo et à la captation audio, l’une et l’autre se parlent de poésie et de diversité.

Le moteur de Norma, successivement diplômée en photographie, en vidéo et en sound design, c’est la curiosité. Cette envie de savoir et de connaître l’attire sans cesse vers les gens – ces autres avec qui elle partage l’espace urbain.  Aux antipodes de l’individualisme, Norma va vers ses voisins. Elle veut les voir. Et montrer leurs vies comme leurs rues, ce qui fait qu’ils sont eux, qu’ils agissent, créent du lien et se mobilisent. Montrer, aussi, que ce sont eux qui font la ville, montrer ce qu’habiter veut dire. Elle se rapproche. Tellement près qu’elle et eux entrent en relation. Elle les visite comme on visite sa famille, le dimanche. Ils participent à ses projets et l’invitent dans les leurs. Alors Norma les fait poser, face à l’objectif : ils ont le courage et la patience qu’il faut pour supporter ce moment de fragilité et d’instabilité, comme ils ont le courage et la patience d’entretenir leurs potagers, d’améliorer leurs vies et leurs quartiers, de raconter leurs rêves.

Cette façon de faire est un leitmotiv. En 2014, Norma Prendergast coréalise avec la preneuse de son Pascale Stevens le documentaire Les deux rives[1], dont l’intention est de mettre en dialogue les habitants des rives gauche et droite du canal de Willebroek. Quelques temps plus tard, à la suite de sa résidence artistique à l’asbl Zinnema, le contrat de quartier Biestebroeck accepte de soutenir Walking with the Postman[2], une enquête poétique photographique, audio et vidéo, qu’elle mène sur les traces de Bernard, facteur anderlechtois, à la rencontre des habitants de la commune… Walking with the postman #1 et #2 deviendront 2 expos solos montrées à l’asbl Zinnema et à De Koer en avril et décembre 2018. A chacun des vernissages, ces gens du coin, voisins mis à l’honneur sont présents, nombreux. C’est une célébration, celle de leur reconnaissance. En 2018 Norma est sélectionnée pour l’aventure Homelands, places of belonging. Initié par la fondation Yehudi Menuhin, ce projet de co-création photographique avec l’artiste syrien Ahmad Al Saadi sera montré en avril 2019 à Zinnema,   en mai au Pianofabriek.  Rencontre entre artistes, entre immigrés aux parcours si différents, cette aventure humaine questionne la notion d’ « être chez soi », l’espace de vie « quartier » et la relation avec ceux qui y vivent. Aujourd’hui, Norma poursuit littéralement les rêves des Anderlechtois. Rêves de nuit, rêve d’avenirs, cauchemars aussi. Pour le service culturel néerlandophone de la commune, elle développe en ce moment le projet poétique #Antenna/Ecoute tes rêves/Luistert naar je dromen, dans lequel elle travaille en photo et en audio sur les rêves dans les différentes cultures.

Norma Prendergast montre et fait entendre la beauté de ce qui fait le lien social, cette force poétique qui réside dans les gestes gratuits, dans les regards, dans les espaces habités. Au fil des rues, elle témoigne de la force comme de la fragilité qui fait l’humanité. Une artiste tout en tendresse et en générosité, à suivre absolument !

Le Clignoteur, de l’humanité dans une coquille de noix

Blotti au fond de la cour d’un ancien relais de poste du 17ème siècle, dans le centre de Bruxelles, Le Clignoteur est, depuis novembre 2014, un lieu dédié à la création contemporaine[3].

Ouvert dans sa propre maison par la photographe et historienne de l’art Delphine Navez, cet espace atypique qu’elle aime appeler son aire de jeu s’allume et s’éteint alternativement à intervalles courts et réguliers. En clair, quatre fois par an, soit une fois par saison, Le Clignoteur s’ouvre et accueille pour trois à quatre weekends d’affilée le travail de plasticien.ne.s, parfois en collectif, autour desquels viennent se greffer différents événements choisis avec soin, à la fois par Delphine et par ses invités. C’est là que réside toute la fraîcheur, toute la cohérence de ce lieu d’exception : rien de gratuit, jamais de remplissage, peu de flonflons. A l’inverse, une rencontre, une vie en commun dans un espace-temps chirurgical, ciselé et précis comme une dentelle de Bruxelles. Et au cœur de ce temps, précieux car fugace, des décisions alimentées par ce qui ressemble tellement plus à de l’amour qu’à du travail.

Quand elle évoque son lieu, Delphine utilise le terme « confidentiel ». D’abord, parce que le Clignoteur est suffisamment petit – vingt à trente mètres carrés peut-être – pour que le visiteur puisse, d’un seul regard, embrasser ce qui s’y trouve et créer des connections entre les œuvres. Ensuite car l’intimité des lieux est l’écrin de ces rencontres qui donnent naissance à de nouvelles programmations. Les créateurs du Clignoteur drainent avec eux leurs univers. Ils s’y croisent et leurs confrontations démultiplient les possibles. Les futurs du Clignoteur naissent presque toujours au Clignoteur.

Tout considérer comme possible, mais tout concevoir en miniature pour survivre ; atteindre une qualité d’accueil irréprochable pour les créateurs et pour le public en visant l’essentiel ; faire moins, mais faire mieux, et surtout s’entourer d’amis compétents, autonomes, incroyablement motivés, c’est la réponse que Delphine a trouvé face à la difficulté de faire exister de façon pérenne un espace de culture à Bruxelles. Car elle n’en est pas à son premier essai : en 2000, Delphine Navez ouvre l’asbl KAN’H, un lieu dédié à la confrontation des publics et des disciplines artistiques. Entendez un bar, un restaurant, une salle de spectacle et de concerts, une programmation quotidienne d’ateliers pour enfants et adultes, de sessions de Dj’s, de conférences, d’expositions… Et surtout un vivier ! Pendant cinq ans vont s’y connaitre et s’y reconnaitre des centaines d’artistes toutes disciplines confondues, de Belgique et d’ailleurs. Une aventure humaine d’une telle intensité qu’aujourd’hui encore, près de vingt ans plus tard, bien des faiseurs de belles choses passés par là reviennent au Clignoteur, version miniature de KAN’H dont l’odeur n’a pas changé. Mais que s’est-il passé ? Pourquoi l’arche a-t-elle coulé ? Pour Delphine, la réponse est simple : pour armer un tel vaisseau, et salarier son équipage, il fallait de l’argent. Pour l’obtenir, la subvention d’Etat semblait logique, n’était-on pas un organisme socio-culturel ?  Mais hélas, l’Etat n’aide que ce qu’il peut comprendre, contrôler peut-être. Et surtout, s’il peut s’en passer… il s’en passe ! Ainsi, un lieu qui mélange, qui superpose et qui fusionne s’avère bien vite insubsidiable. Quémandez aux Arts de la scène, ils vous répondront que vous faites de la musique, demandez à la Musique, on vous renverra aux Arts plastiques… Vous voulez de l’argent ? Entrez donc dans les cases ! Et fi de la liberté, du choix,  de l’inventivité. Qu’ils reposent en paix.

Entre KAN’H et le Clignoteur, près de dix ans se sont écoulés. Dix ans de réflexion. Les grandes décisions prennent parfois du temps. Aujourd’hui, Delphine, Poucette géante au cœur immense, fait naviguer sa coquille de noix où bon lui semble. Et dans ce monde lilliputien, entourée de ceux qu’elle aime, enfin, sa liberté est infinie.

Pierre-Yves Racine, au cœur du peuple des Prairies

C’est une histoire de jardins ouvriers situés en zone inondable. L’histoire des Prairies du canal Saint-Martin, un quartier de Rennes à deux pas du centre-ville que l’Histoire et la Géographie ont, près de cent ans durant, laissés en jachère[4]. Une eau qui façonne un lieu. C’est surtout l’histoire de Marcel, Amélie, Malika, Patrick, Fabie, et des autres, les habitants – une communauté qui, jusqu’il y a peu, résistait toujours à la pression immobilière. Jardins fleuris et potagers, lieux de promenade, habitats sédentaires ou nomades, les espaces essentiellement aménagés par ces gens ont aujourd’hui disparu.

C’est là, pour être au lieu, que Pierre-Yves Racine[5], photographe autodidacte, pose son objectif entre 2012 et 2017, avant que ce quartier ne devienne un parc urbain planifié et normé. Il arpente, découvre, respire. Il utilise son appareil comme un moteur de rencontres. Pour lui, l’image est un point de départ plus qu’un achèvement. Ses portraits invitent à rencontrer et à comprendre. Au fil de ses allers-retours, Pierre-Yves va bénéficier de l’hospitalité et de la générosité de ce lieu, de ces gens. Et en témoigner.

Ce qui pourrait être perçu comme de la précarité ne l’est pas pour ceux qui vivent là : ils sont fiers d’avoir construit un endroit de liberté et d’accueil, conscients aussi du caractère exceptionnel de la situation. Certains vivent aux Prairies depuis des décennies, d’autres arrivent et repartent : gens du voyage, migrants, SDF. La cohabitation n’est pas toujours aisée mais une certaine régulation s’opère et d’aucuns s’improvisent médiateurs. Ça prenait du temps de discuter avec les anciens. Mais il y avait toujours eu ça dans les jardins : discuter, échanger, ça voulait dire des points de vue divergents mais on prenait le temps de se parler.

Au fil des mois qui passent, Pierre-Yves Racine découvre que les habitants eux-mêmes sont possesseurs des premières traces des lieux : photographies de scènes de vie quotidienne, portraits posés, construction des habitats… Petit à petit, le photographe va collecter un véritable fonds documentaire : le quartier et sa vie étant voués à disparaitre, il offrira au lieu une mémoire, l’inscrira dans l’Histoire. Associant ses propres images aux archives des habitants, Pierre-Yves va monter différentes expositions. Au-delà du témoignage,  un acte politique qui dénonce les aménagements immobiliers qui ceinturent le lieu, et ce projet d’un parc réduisant à néant les aventures humaines qui ont donné une âme aux Prairies. Avec humour et poésie, le travail de Pierre-Yves Racine va s’étendre : installations, créations sonores et vidéo vont bientôt dire l’hier, la fin, l’absurde. Ainsi « Le chant des sirènes », bande son dans laquelle un logiciel de synthèse vocale chante en boucle le texte des brochures immobilières dont les constructions bordent aujourd’hui le parc des Prairies Saint-Martin.

Pierre-Yves Racine est toujours à la recherche d’un endroit qui pourrait accueillir le fonds d’archives. Il rêve que l’ensemble de ces récits photographiques trouve place chez ceux à qui ils appartiennent, et que l’associatif local soit le relais pour y amener le public. Qu’au-delà du souvenir perdurent le partage et la rencontre.

[1] https://vimeo.com/146618146 Password : Norma’s videos

[2] https://vimeo.com/267115069 Password : Norma’s videos

[3] http://leclignoteur.be/

[4] http://pyracine.fr/fr/texte_prairies/

[5] Pour découvrir l’ensemble de son travail http://www.pyracine.fr

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Camille Nicolle – Recherche de la base et du sommet

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Camille Nicolle

La paroi est immense, on la dirait sans fin.

Une ligne, tendue entre base et sommet.

Camille grimpe. Trace. Cherche les prises.

Le nez sur la surface, ses yeux, ses mains explorent.

Les outils sont assurance. Refaire le nœud de huit, ajouter de la matière à la paume…

La roche est proche, Camille en lit les strates, la sédimentation raconte cette histoire que le temps colorise. Ses doigts qui voient dessinent les figures qui confortent. Bases encore.

Mais il suffit d’un coup de vent,

Il suffit de l’envol du vautour qui nichait,

Il suffit d’une pierre qui roule

Et c’est la chute.

La goutte d’encre qui s’écrase.

Camille balance, le cœur rit et crie.

C’est drôle et gai, un peu  vertigineux

Camille oscille, portée par l’entrelac des fibres colorées.

Elle découvre l’alentour, elle élargit le champ.

La base se déplace. Et s’ouvrent d’autres voies.

 

Camille grimpe. La paroi est immense.

(ad lib.)

La recherche, le plaisir, sont sans limite.

 

L. Baud’huin, octobre 2019

Camille Nicolle exposera au Clignoteur du 8/11/2019 au 1/12/2019 Infos : http://camillenicolle.org/ ou http://leclignoteur.be/

Camille Nicolle – Recherche de la base et du sommet

Laetitia Bica – DISPERSION

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Laetitia DispersionLaetitia Bica est une artiste contemporaine qui place la recherche au cœur de son travail. Si son propos est avant tout de faire image, soit de donner à voir, de révéler, il est essentiel de considérer ses œuvres comme des boutures : chacune est la trace d’un processus créatif qui, d’hypothèses en expérimentations, questionne le rapport de l’artiste à son environnement naturel et humain.

Avec DISPERSION, Laetitia Bica mène sa recherche sur les bassins miniers du Nord de la France et de la Belgique en explorant trois pistes principales : celle de l’accumulation documentaire de traces iconographiques in situ, celle – avec Corentin Spriet, chercheur à l’UGSF[1], de l’interprétation de données théoriques et expérimentales par le travail sur l’imagerie scientifique au cœur des laboratoires de TISBio[2], et celle de la création plastique, proposée comme prolongement des résultats obtenus.

Sélectionnée pour la 10ème édition du programme Watch This Space, coordonné par le réseau transfrontalier d’art contemporain 50° Nord, Laetitia Bica, poursuivant avec cohérence une réflexion de longue date sur le paysage, s’empare des particularités biologiques propres aux terrains houillers pour formuler une hypothèse à la fois poétique et engagée.

Partant de l’observation de la température élevée des sols sur les terrils, la plasticienne s’interroge sur la colonisation de ces écosystèmes particuliers par dispersion biologique d’espèces végétales exotiques. Ces graines, venues d’ailleurs, s’installent et se développent sur ces sols miniers, favorisant la diversité et engendrant un changement global. De même, l’artiste – s’adaptant ici à un nouveau système – va opérer avec humilité, véridicité et sensibilité la décentration essentielle lui permettant d’entrer dans le langage de l’autre, celui de la démarche scientifique.

Six mois durant, sillonnant la terre noire, la plasticienne part en quête de ce paysage en mutation puis recense, archive les traces de ce temps biologique lent mais en marche. Les prélèvements sur le terrain vont focaliser la plasticienne sur l’espèce Glaucium Flavum, ou pavot cornu jaune. Cette espèce, extrêmement toxique, a la particularité d’avoir été importée des pourtours méditerranéens par les mouvements de population, dans une symbolisation supplémentaire de cette empreinte inéluctable qu’apposent sans discontinuer les hommes sur leur environnement.

Naît ensuite l’envie de faire exister cette idée de mouvement, de transformation, jusque dans les œuvres elles-mêmes. Laetitia Bica va alors adjoindre à sa recherche un workshop d’une semaine sur les lieux, avec un groupe d’enfants lesquels, respectant un protocole de travail d’une grande précision, vont mettre en scène des images qui questionnent le rapport de l’humain au paysage, qui disent l’appartenance de l’un à l’autre mais aussi son besoin de mesure, de contrôle, de modification, de possession.

In fine, dans les caves de TISBio, Laetitia Bica et Corentin Spriet vont allumer, des racines au pistil, toutes les cellules de l’infiniment petit par la manipulation du microscope confocal. Par l’intermédiaire des images construites ensemble, un lien va émerger et permettre la création d’une zone de confluence dans les parlers, jusque-là isolés,  de la plasticienne et du scientifique. En effet,  la réalité révélée par le microscope est aussi éloignée de ce que peut concevoir l’œil humain que ne le serait, d’une hypothétique vérité, le langage sensible de l’artiste. Tout est question de lecture, d’interprétation. Pour Laetitia Bica, l’enjeu plastique devient alors également de rendre visible ces convergences entre biologie et art.

Polymorphe, à la croisée des arts visuels et de la biologie, ce nouveau projet place avec cohérence la plasticienne dans la continuité des recherches menées à ce jour. Au centre de tout son travail, on trouve en effet la rencontre, le comment faire avec l’autre, comment être utile à l’autre. Projetant avec force, et un certain courage, ses graines vers une terre inconnue – cette fois les facultés scientifiques de l’université de Lille, Laetitia Bica a semé les bases d’une étude d’une grande richesse dans sa diversité.

Laurence Baud’huin, septembre 2019

DISPERSION  sera à découvrir du 6/12/2019 au 18/01/2020, Au VECTEUR, à Charleroi, toutes les infos, ici : https://www.vecteur.be/evenements/watch-this-space-10-vernissage-dispersion-de-laetitia-bica/

[1] UGSF : Unité de Glycobiologie Structurale et Fonctionnelle de l’Université de Lille

[2] TISBio : Traitement du signal et de l’image pour la biologie – Université de Lille. https://tisbio.wixsite.com/tisbio

 

 

Laetitia Bica – DISPERSION

Variations corporelles // Appropriation et réappropriation du langage des corps : expériences artistiques et sociales

Par Laurence Baud’huin et Caroline Coco
Un texte à retrouver sur https://www.cesep.be/index.php/publications2/secouez-vous-les-idees/notre-dernier-numero

 

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La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

SVI118

L’ordre, c’est le calme. Le mouvement contrôlé et anticipable. Tôt, l’école nous apprend la contrainte du moi physique, assis et silencieux. Pourtant, nos chairs parlent. Et le corps social, quand il met en action sa colère, produit de véritables déferlantes. Ainsi, c’est d’ordre politique, les corps sont à maîtriser, et tant pis s’ils souffrent en silence. S’adressant aux plus jeunes, la dramaturge Sybille Cornet questionne l’ennui du corps en classe tandis que la plasticienne Annick Blavier part à la recherche de fragments de corps et amalgame leur expressivité à sa sensibilité. En Espagne, en 2015, des milliers de personnes protestent contre l’interdiction de manifester en faisant défiler leurs images en hologramme. Bienvenue dans le réveil des corps.


Le corps ennuyé

 Sybille Cornet est auteure de théâtre, comédienne et metteure en scène. Depuis quelques mois, elle propose aux élèves du primaire et du secondaire une conférence-spectacle intitulée Faire l’école aux grands singes, laquelle questionne l’ennui du corps en classe[1].

Faire l’école aux grands singes, s’il est bel et bien un objet théâtral, emprunte son langage au théâtre invisible : il s’annonce comme une conférence et, si l’enseignant est de mèche, les élèves ne savent pas que devant eux se joue bel et bien une pièce, un seul-en-scène avec texte et dramaturgie. L’astuce, c’est que ce spectacle se déroule dans les salles de classes. La comédienne se présente comme une éthologue spécialiste des grands singes, venue annoncer l’imminente entrée à l’école des gorilles, chimpanzés et orangs-outangs chassés de leurs forêts. Parce que l’Homme détruit leurs habitats, ils n’auront bientôt plus d’autre choix que de rejoindre les villes, parce que leur intelligence est avérée, ils désireront probablement intégrer l’école.

Cependant, accueillir les singes à l’école pose question : comment gérer leurs corps puissants et surtout si mobiles, dans une institution qui ne parle qu’à leurs têtes ? Comment font les élèves, d’ailleurs ? Quel est le secret de l’immobilité des corps ?

L’intelligence de ce spectacle tient avant tout à sa mise-en-scène, laquelle questionne et bouscule autant que le texte, sinon plus. Car tout éthologue qu’elle soit, cette conférencière est carrément excentrique. D’abord, elle se déchausse, et invite les élèves à faire de même. Puis elle grimpe sur les bancs, sur le bureau du maître ! Certes, elle y connaît un rayon en comportements simiens, et ses informations sont passionnantes, mais pourquoi faut-il donc qu’elle crie, qu’elle danse et se balance comme un primate ? Pourquoi, pour bien la voir – et il serait dommage de rater ses acrobaties ! – les élèves doivent-ils se tourner et se retourner, se lever, se tordre sur et sous leurs chaises ?

La réponse est limpide : c’est à l’intelligence du corps que Sybille Cornet s’adresse. Bousculant les conventions scolaires et avant tout la sacro-sainte position assise, Sybille aborde le contrôle social sans y toucher, et fait mouche ! Les élèves sont nombreux, presque unanimes, à dénoncer l’ennui de leurs corps, la gêne qui s’insinue dans les dos droits, les jambes jointes, les bouches fermées. Et ce faisant, c’est aux codes mêmes de notre humanité qu’elle s’attaque : que reste-t-il de notre animalité ? de notre rapport à nous-même ? pouvons-nous encore entendre ce que crient nos corps ou sommes-nous prisonniers des peurs dictées par nos seuls esprits ?

Dans son ouvrage Le corps et la chaise, dont s’est inspirée Sybille, Jean-François Pirson, architecte-artiste belge et pédagogue indépendant écrit :  “Quelque peu inconfortable, ma chaise me rappelle l’ordre de la verticalité. Objet fétiche, ma chaise est la présence du corps absent”[2]. Ainsi, dès l’enfance, le corps est abandonné à la chaise, et à son immobilité. Ne dit-on pas d’un gamin trop bruyant ou trop remuant qu’il ne tient pas en place, qu’il est comme un petit animalmal élevé, sauvage ? L’humanité dans nos cultures serait-elle corolaire de l’immobilité ? De là à penser que cette dernière facilite grandement le contrôle et le maintien de l’ordre, il y a moins qu’un pas, à peine un glissement discret…

Aujourd’hui, pour aller plus loin, Sybille Cornet propose en soutien au spectacle une série de dix ateliers, qu’elle a intitulée Raconter l’école à mes pieds. Ecriture, prise de parole, philosophie, enregistrement et diffusion radio, collages, rencontres autour du concept d’école nomade, ces propositions explorent la thématique dans une optique de continuité. Une démarche essentielle pour une artiste qui sait pertinemment que museler la joie des corps, les séparer de nos esprits et oublier de les entendre nous rendra fous, ou malheureux.

Le corps déchiré

Une image. Une déchirure. Un vide. Un texte. Quatre éléments qui s’articulent ; les quatre pièces d’un puzzle. C’est la proposition créative actuelle d’Annick Blavier[i]. Bruxelloise d’origine, Annick étudie la gravure à La Cambre. A sa sortie, brouillée avec cette technique, elle s’oriente vers la peinture, et s’y tient pendant plus de vingt ans. Après avoir voyagé et posé ses valises à Paris, Rome ou Berlin – endroits dont elle captera par la photographie des fragments de vi(ll)es – elle revient à Bruxelles en 2001.

Ayant l’impression de se répéter en peinture, elle se tourne vers le collage. Elle nous dit : « la technique a toujours été pour moi un moyen, jamais un but. Selon ce que tu veux dire et tes nécessités du moment, tu choisis la plus appropriée, quitte à en inventer une nouvelle.» Quelle que soit celle-ci, il y a un fil rouge, un concept, ce quelque chose d’incontournable, voire d’inconscient qui continue à l’interpeller : la mémoire (personnelle ou collective), la trace et la mise en décalage.

Au départ, un article lu. Il faut que le texte et l’image l’interpellent, politiquement, socialement et personnellement pour qu’Annick puisse se réapproprier certains de ces fragments en les reconnectant autrement. Vient alors la déchirure, essentielle dans sa démarche : « il y a une certaine violence dans le geste de déchirer, qui sort le fragment d’image de son contexte original : le journal. La déchirure, produit d’un hasard se juxtapose alors à la décision ».

Le fragment sélectionné représente souvent une partie de corps, un geste qui dénote une position sociale, de pouvoir ou de soumission. « Il me semble que le corps se positionne de façon politique. La façon dont un corps se place dans l’espace révèle souvent une identité sociale.» Le fragment de corps comme celui de l’image la passionne, car il révèle bien des choses dissimulées. « Cela dit, il y a souvent un lâcher-prise dans certaines parties du corps, par exemple dans le dos, contrairement au visage souvent plus contrôlé. La position des mains, est, elle aussi, révélatrice. Sans représentation de la figure, le corps est perçu comme une inconnue : quelque chose à redécouvrir, peut-être autrement ?» Pour Annick Blavier, le corps intime peut-être politique. Elle se demande si ce n’est pas à force d’avoir mis, voire caché l’intime dans un tiroir bien spécifique, que nous ne le traitons plus de façon politique.

Que ce soit dans ses collages imprimés sur cartes postales ou sur ses grands tirages aux pigments, nous retrouvons systématiquement les quatre éléments. Le fragment d’image, sorti de son contexte, et la déchirure, sont les deux premiers. La déchirure est associée à un espace vide, censé mettre le fragment en valeur. Un vide qui s’entend au sens plein : une vision extrême-orientale que Roland Barthes a beaucoup étudié. Dans ce sens, le vide est considéré comme l’état suprême de l’origine. Les extrême-orientaux l’associent aux mouvements qui animent la matière[ii].

Enfin, une phrase, ou une bribe de phrase, sélectionnée elle aussi dans un journal, se positionne en décalage et subvertit le fragment d’image: « Je n’aime pas l’illustration, ça ne m’intéresse pas. Je déteste la redondance. L’acte de fragmenter et de re-connecter autrement les fragments d’images du réel avec d’autre éléments plastiques, hétérogènes ; c’est cela qui m’amuse, au sens le plus sérieux du terme ». Ses collages interpellent, décalent, racontent une histoire que chacun pourra réinterpréter à sa guise : une force narrative loin de l’illustration qui partage l’acte de création avec celui qui le reçoit et le regarde.

Le corps absent

10 avril 2015. Madrid. Une manifestation peu commune et symbolique. Sans corps. Comment manifester sans corps ? C’est le projet du collectif « No somos delito » (nous ne sommes pas un délit), constitué de plusieurs dizaines d’associations. A l’époque le contexte est le suivant : le parti populaire est dans la majorité du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Pour contrer et interdire bon nombre de rassemblements de personnes qui se mobilisent depuis 2012 contre les mesures d’austérité (par exemple Les Indignés), le parti va promulguer une loi, dite Loi du bâillon, une loi de sécurité intérieure qui limite fortement le droit à manifester. Lâcheté de l’histoire : sous prétexte d’assurer la sécurité des citoyens, cette mesure n’est en fait qu’une illusion d’achat de paix sociale, un texte répressif !

Que ce soit par le rapporteur spécial des Nations-Unies ou par La Ligue des Droits de l’Homme, cette décision sera largement contestée comme portant atteinte à la liberté d’expression et de rassemblement. Ces alertes, hélas, n’empêcheront pas le gouvernement espagnol d’ adopter la loi. C’est alors que le collectif « No somos delito », dans le but de conscientiser la communauté internationale, va proposer une parade des plus inattendues : organiser une manifestation… d’hologrammes !

Première étape : une campagne pour accumuler des témoignages. Ceux qui ont une web cam holographient leur corps, les autres laissent une revendication. Au total, ce n’est pas moins de 18000 personnes qui participent à cette première phase. Deuxième étape : la prouesse technique. Au départ des cris du cœur, des colères et des revendications accumulées, il faudra concrètement faire défiler en studio ces milliers de personnes devant un grand tissu vert, pour les filmer en train de marcher, et les holographier.

10 avril 2015, la manifestation des corps sans corps a lieu devant le Parlement de Madrid[iii]. Devant des passants interpellés, des cris, des messages, des discours, une marche. Nul ne peut arrêter un hologramme et le mettre en détention préventive !

Mais qu’en est-il du corps qui manifeste, dans sa chair et avec ses tripes ? L’allégresse d’être ensemble, de se sentir nous, de faire avancer nos pieds sur le bitume, d’avoir mal au dos mais de continuer la marche, parce qu’il le faut ?  Occuper une rue, loin des normes imposées, dont celle de marcher droit sur un trottoir. S’autoriser à crier, danser, escalader un poteau,… Même si, parmi toutes les formes d’actions collectives, la manifestation n’est pas la plus contemporaine, il ne faut pas minimiser l’impact du déplacement des corps dans l’espace public. Le corps ne se manifeste pas dans l’écriture d’une carte blanche, dans une pétition, dans un tweet, même si ces autres formes d’expression ont toutes leur légitimité.

Pour le collectif « No somos delito », il s’agissait avant tout d’un acte symbolique, visant à alerter la communauté internationale. A ce titre, ce fut le buzz. Les plus grands médias internationaux ont relayé l’information. Mais la loi n’a pas été retirée. Et si le gouvernement suivant, plus progressiste, l’a légèrement changée, il n’en a pas modifié la substantifique moelle.  Dès lors, que faire de nos corps ?

[1] Ce spectacle est disponible en Communauté française et s’adresse aux élèves, enfants, adolescents et futurs enseignants à partir de 8 ans . Pour toute information: Isabelle Authom 0497 11 39 07 ecoledesgrandsinges@gmail.com; Page Facebook : Faire l’école aux grands singes

[2] PIRSON, J.F., Le corps et la chaise, Taviers : Métaphores, 1990.

[i] Pour découvrir l’ensemble de son travail : http://www.annick-blavier.org

[ii] Le Vide, pays de frontière de Roland Barthes. Willy Paillé, Université de Bordeaux

[iii] Pour visionner la vidéo : https://www.dailymotion.com/video/x2mbsg7

 

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Variations corporelles // Appropriation et réappropriation du langage des corps : expériences artistiques et sociales

Nina Cosco / José Parrondo / Les éléments manquants : Céramique, acrylique, textes et trous

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josé parrondo et nina coscoClef, lunettes, ami, temps, chaussette, amour, mot, argent, machin censé être au fond du sac, machin censé être dans le tiroir de droite, sens de la vie, bouquin, chat, titre de cette chanson, réponse à la question, jardinet, soleil, bonne guerre, plan de carrière, chevalier servant, femme fatale, pot, chance, petit tableau, ambition, brise légère ou suite dans les idées ; ça ne rate jamais : les manquants deviennent                                                      .

On les cherche, on ne                                         plus qu’à eux ! C’est obsessionnel.

Même plus                                       que les présents, dont on se fiche                                       ,  les éléments manquants nous possèdent. Et apparaissent en disparaissant, un peu comme les céramiques de Nina Cosco. C’est un canular. Une blague absurde que fait la vie, qui a un humour à la José Parrondo, quand on y pense.  Les éléments manquants sont des paradoxes et des rock stars.

 

Laurence Baud’huin – Avril 20  9

 

José Parrondo et Nina Cosco présentent “Les éléments manquants”, au Clignoteur, du 11.05 au 02.06. Infos : http://leclignoteur.be/

Nina Cosco / José Parrondo / Les éléments manquants : Céramique, acrylique, textes et trous

Ciné-Gedinne ou l’expérience du prêt citoyen

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La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

2_cine-gedinne-a-sa-nouvelle-salle-20181210145206Située en province de Namur, non loin de la Botte de Givet, langue de France venue lécher les abords wallons, la commune de Gedinne est une mignonne bourgade d’un peu moins de 5000 habitants. En 2007, un petit cinéma posé là depuis les années cinquante vivotait toujours, résistant tant bien que mal – et sans doute grâce à la distance qui sépare le village de la ville la plus proche – aux complexes géants du 7ème art en situation de quasi-monopole. On tournait alors à une séance par semaine : à plus ou moins court terme, Ciné-Gedinne jouait donc sa Chronique d’une mort annoncée.

C’est alors qu’un groupe de jeunes, originaires du cru, décide de le sauver.

Pour y arriver, il fallait avant tout moderniser, puis assurer une programmation qui remplirait la salle unique. Les initiateurs du projet, Julien Collard et Anne-Sophie Vandevoorde, contactent la commune qui héberge depuis toujours le cinéma, sans charge de chauffage ni d’électricité : celle-ci accepte d’investir la somme de 80 000 € pour la rénovation. Côté programmation, ils font appel à Alexandre Kasim qui, avec sa sprl, Lights in the city, va assurer pas moins de quinze séances par semaine. A l’affiche, les blockbusters côtoient les films d’auteur, la diversité des publics s’y retrouve : avec une moyenne de quinze spectateurs par séance et grâce au travail d’une vingtaine de bénévoles, l’expérience est rapidement un succès.

Ciné-Gedinne est une asbl. Ses comptes sont transparents : elle engrange de 12000 à 15000€ de bénéfices par an. En 2018, elle décide d’investir la somme de 70 000€, dans une nouvelle rénovation de la salle, cette fois pour améliorer le confort des spectateurs.  Après devis, il apparaît que cette somme ne suffira pas. Investir plus est impossible car il est essentiel pour l’association de garder en caisse suffisamment d’argent pour pallier d’éventuelles avaries, notamment pour remplacer, si cela s’avérait nécessaire, l’indispensable projecteur numérique.

Un emprunt est donc inévitable, mais, avec Julien et Anne-Sophie, l’équipe du cinéma réunie en comité réalise très vite que les banques ne les suivront pas. Ils s’adressent alors à l’asbl Financité, qui va leur proposer une alternative originale : le prêt citoyen. Le principe, qui repose sur le modèle des obligations, est le suivant : tout un chacun peut prêter de l’argent au cinéma, sous forme de l’achat d’un nombre variable de parts d’une valeur de 100€ chacune. La somme investie sera bloquée cinq ou dix ans, au choix des citoyens prêteurs, et leur rapportera un peu plus d’1% par an. Un taux d’intérêt bien meilleur que celui proposé par les banques ! Si le risque zéro n’existe pas, le cinéma a néanmoins les reins solides :  un dossier financier très précis est monté, exposant les comptes et la fréquentation en hausse, anticipant les écueils à éviter[1].

Et ça marche : beaucoup de prêteurs sont des gens du village ou des communes alentour, plus quelques passionnés de cinéma, quelques réalisateurs aussi… Ciné-Gedinne, son emprunt en poche, effectue les travaux annoncés. Rouverte depuis le 7 décembre 2018, sa salle aujourd’hui plus grande, plus belle, munie de gradins et d’une meilleure acoustique, accueille un public qui, de simple spectateur, a acquis le statut d’investisseur impliqué. Les gens en parlent, en sont fiers et, embarqués dans l’aventure, soutiennent par leur fréquentation leur petit cinéma si courageux.

Quant à la question de savoir si c’est au citoyen de faire survivre la Culture, si la Fédération Wallonie Bruxelles n’aurait pas dû, à ses frais, garantir la pérennité de Ciné-Gedinne, la réponse de Julien Collard est réaliste : subventionnée structurellement par la FWB, l’asbl aurait été tenue de suivre une programmation imposée, principalement en Art et Essai. Ceci aurait fait chuter sa fréquentation et éloigné une grande partie de ce public friand de films plus populaires. L’indépendance et la liberté qu’offrent aujourd’hui l’autonomie financière de Ciné-Gedinne, c’est donc la garantie de sa mixité…

L. Baud’huin, 27.01.19

[1] https://www.cine-gedinne.be/nous-soutenir/

Pour retrouver l’intégralité de l’article, et notamment une flopée d’infos sur le magnifique projet de film “Ali et Aliette”, rendez-vous sur le site du Cesep : https://www.cesep.be/index.php/publications2/secouez-vous-les-idees/notre-dernier-numero

 

Ciné-Gedinne ou l’expérience du prêt citoyen

Écarts ! Philippe Van Cutsem

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eclats clignoteur

Les dessins et collages de Philippe Van Cutsem, accumulés sur une période de plus de trente années, revendiquent, avec une surprenante cohérence, une appartenance à un tout presque généalogique.

Chaque série est une maison. Singulière, elle a ses propres contraintes, donnant aux travaux qui y naissent cet air de famille qui différencie. Pourtant, à l’instar des membres d’une tribu déjà ancienne, étendue et prolifique, toutes les œuvres partagent les mêmes gènes, ici la même genèse : une facture qui tient de l’écriture graphique automatique, intuitive.

Rencontre de la couleur et du noir et blanc, fenêtres qui semblent autant de cadres – d’écrans – soudain éclatés, détails comme saisis en macro, ou traces, esquisses qui semblent vues de très loin, formes et détails associés en échos, scènes qui s’accumulent en séquences, la grammaire de Philippe Van Cutsem est celle du cinéaste, du réalisateur de quantité de films – deux longs métrages en cours de montage actuellement – où l’on retrouve les notions de mémoire, d’archive, de trace.

Aussi – comme on pourra le découvrir lors de la projection au Clignoteur de L’Embellie, les créations de Philippe Van Cutsem sont autant de recherches d’un état, proche du rêve, qui permet à l’esprit les associations libres. Le dessin, le collage, le film ont leur vie propre. Le faire les révèle, leur donne la possibilité d’advenir, laissant à Philippe le soin de reconnaître et d’orchestrer, de suivre et de soutenir, à l’écoute, aux aguets.

 Et nous pouvons alors pousser plus loin l’expérience du regard, comprendre enfin, sans interpréter.

Laurence Baud’huin – décembre 2019

 

Philippe Van Cutsem exposera au Clignoteur – 30 Place de la Vieille Halle aux Blés – 1000 Bruxelles, du 02 au 24 février 2019. Vernissage le 01 février dès 18.00.

Infos : http://leclignoteur.be/

 

Écarts ! Philippe Van Cutsem