Créer pour voir, créer pour être vu

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La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

Le terme de création désigne deux notions distinctes, bien que successives. D’abord, il s’agit de créer, c’est-à-dire de faire sortir quelque chose du néant, de mettre de l’ordre dans le chaos. On touche ici à l’acte métaphysique, à l’angoisse de seulement penser cette idée sous laquelle on conçoit que, par un simple acte de volonté, rien devient quelque chose[1]c’est la fameuse « page blanche ». Pour remplir celle-ci, on peut alors brandir Lavoisier et son célébrissime « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette loi de la chimie, transposée dans le domaine des arts, abolit judicieusement l’idée d’un processus magique, d’une illumination qu’on nommerait inspiration, pour lui préférer la notion de recherche. Créer, c’est d’abord rechercher, puis mettre de l’ordre dans ce qu’on a trouvé en donnant à nos découvertes une forme nouvelle.

A cette définition verbale de la création s’en oppose une autre, substantive : la création, c’est aussi l’objet qui résulte du processus. Un objet fini que l’on montre à voir. Le public se déplace pour la dernière création d’untel (qu’untel soit couturier, dramaturge, cinéaste ou plasticien) et c’est seulement alors que cette création apparait comme existante. Qu’importent les mois, les années de recherche préalable : ce n’est que lorsque l’œuvre est là, offerte à la critique et au public, qu’elle existe et par conséquent, que se met à exister son créateur. La reconnaissance de l’artiste passe par ce qu’il montre, est un effet de ce qu’il a montré. Ses moyens de subsistance et les moyens qu’il peut investir dans sa recherche dépendent de subventions octroyées en fonction de ses productions préalables. Pour exemple, on trouve sur la page de la Fédération Wallonie-Bruxelles dédiée à « L’aide au premier projet » dans le domaine de la danse, cette petite phrase non dénuée d’ironie : « L’initiateur du projet doit avoir présenté au moins une création publique dans un lieu culturel avant de déposer une demande d’aide au premier projet[2]

Créer, chercher sans (forcément) montrer.

Si l’on s’intéresse à la notion de recherche, un petit météore aussi beau qu’intelligent est sorti de presse en 2016. Il s’agit d’ « À la recherche »[3]. Cet ouvrage atypique écrit par le journaliste Laurent Ancion propose sous la double forme d’un dictionnaire et d’un recueil d’articles, une réflexion sur la recherche dans le domaine des Arts de la Scène à travers l’expérience d’un lieu unique en Belgique : L’L. Théâtre à l’origine, L’L ferme ses portes au public en 2008. Il devient alors « Lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création » soit, comme l’écrit Laurent Ancion, un laboratoire sans représentations. Au fil de ses 240 pages, A la recherche va permettre au lecteur d’appréhender la philosophie qui sous-tend le projet de Michèle Braconnier et de son équipe. Ce faisant, le livre dépasse de beaucoup le simple portrait d’un lieu, aussi singulier soit-il : il est le témoin d’une aventure engagée qui se place en contradiction radicale de la logique néolibérale. A L’L, pas la moindre carotte pécuniaire au bout du bâton, mais une quête d’élargissement des horizons, d’ouverture du champ des possibles par la mise à disposition de temps et de moyens pour la rencontre, la confrontation des idées et le tâtonnement expérimental.

Chercher en montrant, et montrer que l’on cherche.

De tâtonnement, d’errance et de recherche est-il également question dans toute l’œuvre de la cinéaste Agnès Varda. Dans son dernier film, l’émouvant Visages Villages[4], la réalisatrice s’associe avec le street artist JR pour une balade à travers la France. Ensemble, ils papotent, se déplacent, rencontrent des gens. Ces gens leur parlent, leurs mots deviennent des images, des portraits, de grandes photos qu’ils encollent, générant d’autres rencontres… Interviewée par France Culture[5], Agnès Varda dira Le hasard a toujours été mon meilleur assistant, on est en attente, on est ouvert au hasard et le hasard apporte des choses. Pourtant, chez Varda, la finalité, le résultat, reste l’essentiel. Tout le film, de l’idée initiale au montage en passant par le tournage lui-même, est entièrement imaginé dans un dialogue avec ses futurs spectateurs. Je travaille toujours en pensant « Qu’est-ce que les jeunes femmes vont penser, qu’est-ce que les vieilles vont penser, qu’est-ce que les hommes qui travaillent et qui n’ont pas le temps d’aller au cinéma, s’ils voient ce film, vont penser… ». Elle ajoute : « On veut être compris, éventuellement aimés, et qu’il y ait des gens qui viennent voir le film… ».

En quête de visibilité

La visibilité, la perception que l’on a de soi, de son œuvre, et l’écho de celle-ci dans le monde, sont au cœur de l’étonnant roman de Siri Hustvedt, « Un monde flamboyant »[6]. Pour créer son personnage central, Harriet Burden, la romancière américaine s’inspire, entre autres, de la plasticienne Louise Bourgeois qui n’accéda à la célébrité qu’à septante ans passés. Comme Bourgeois, Harriet Burden ressent rage et colère face au sexisme et à l’universalité du masculin dans le monde de l’art, qu’elle nomme « aveuglement culturel ». Pour porter son œuvre sur le devant de la scène, Burden va utiliser des hommes, prête-noms et prête-corps. Mais de cette œuvre, elle va par conséquent se retrouver dépossédée… Dans une interview disponible sur le site d’Actes Sud[7], Siri Hustvedt dira « La question du nom est importante, c’est une manière de souligner combien l’identité humaine dépend d’une reconnaissance. Il ne s’agit ni de gloire, ni de célébrité, mais du besoin, pour chacun, d’être vu. »

Laurence Baud’huin – Octobre 2017

[1] J-J.Rousseau, Œuvres complètes avec des notes historiques, tome 2, « Lettre à M. De Beaumont », Paris, 1835
[2] Voir la section « Les aides aux projets » sur le site http://www.creationartistique.cfwb.be
[3] Laurent Ancion, A la recherche, dictionnaire encyclopédique et légèrement critique, L’expérience de L’L, CFC éditions, Bruxelles, 2016
[4] Visages Villages, un film d’Agnès Varda et JR, 2017
[5] France Culture, Les Masterclasses, Agnès Varda, 07/08/2017
[6] Siri Hustvedt, Un monde flamboyant, traduit de l’américain par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 2014
[7] https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature-etrangere/un-monde-flamboyant
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Créer pour voir, créer pour être vu

Le Styx rouvre ses portes !

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La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

Styx

On le croyait mort, victime (à l’instar de tant d’autres) de la timide prodigalité des pouvoirs publics envers les projets culturels alternatifs, et voilà que le Styx – après deux années à guichets fermés – nous revient des enfers !

C’est porté par la motivation sans bornes de deux artistes bruxellois, la comédienne et plasticienne Isabelle Licker et le sculpteur, peintre et graphiste Luis Cardoso, que le plus petit cinéma d’Europe, le dernier cinéma de quartier de Bruxelles, poursuivra sa programmation 100% “Arts et Essais” dès le 31 octobre prochain. Son crédo ? Rester fidèle à ce qu’il a représenté pendant presque quarante ans pour les milliers de cinéphiles plus ou moins noctambules qui ont usé ses sièges : la rencontre, la convivialité, le dialogue, plus une once d’esprit festif et subversif.

La première fois que je suis allé au Styx, se souvient Luis Cardoso, c’était pour voir Brazil, de Terry Gilliam. Il n’y avait pas de fauteuils, juste des chaises. On entrait avec notre bière, et on fumait des clopes. Quand on voulait discuter avec la personne derrière nous, on tournait sa chaise et on papotait. C’était comme ça.

Même si les salles seront – XXIème siècle oblige ! – résolument “non-fumeurs”, tout est pensé pour que chacun se sente chez lui au 72 rue de l’Arbre Bénit, à Ixelles : la variété des publics visés par la programmation, l’accessibilité des salles à moindre coût (8 euros, prix fixe !), la flexibilité des horaires et le maintien de ce petit plus qui a fait la renommée du Styx : ses fameuses séances de minuit. Un bar-restaurant est en chantier et, s’il n’ouvrira pas tout de suite, il proposera bientôt une excellente sélection de boissons de fabrication locale à des prix démocratiques (ne ratez pas ses bières !), un espace dédié aux ateliers pour enfants et adultes et, dans une formule “table d’hôtes”, un menu en harmonie avec la thématique de la programmation !

Pour sa réouverture, Halloween oblige, le Styx vous a concocté un programme plutôt sanglant… Toutes infos ci-dessous !

“ ON LE CROYAIT MORT… IL NOUS REVIENT DES ENFERS ! ”
31 OCTOBRE – 1er NOVEMBRE

OUVERTURE DU “ STYX ”

AU PROGRAMME :

MARDI 31/10 : SOIRÉE HALLOWEN (DÉGUISEMENT SOUHAITÉ)
20:00H – GRAVE (VOSTNL)
21:30H – DRINK DU SACRÉ STYX
23:00H – NIGHT OF THE LIVING DEAD (VOSTFR)

MERCREDI 1/11 : TAPIS ROUGE (COMME À CANNES QUOI)
15:00H – LES VOYAGES DE GULLIVER (VFSTNL)
19:15H – DRINK RÉOUVERTURE DU STYX
20:00H – KAZARKEN (VOSTFR)
21:30H – RENCONTRE GÜLDEM DURMAZ (RÉALISATRICE DE KAZARKEN)
23:00H – GRAVE (VOSTNL)

Laurence Baud’huin

Le Styx rouvre ses portes !

Un étalage étrangement familier – Antonin De Bemels

La rédaction culturelle, qu’est-ce que c’est ?

Antonin De Bemels

Percevoir l’installation d’Antonin De Bemels. Faire taire la tentation d’interpréter. Appréhender les formes, les images et les sons. Contourner les personnages. Imposer le silence au dictat du consensus. Faire la paix avec la tentation d’interpréter. Se confronter. Être seul ou à plusieurs dans l’émotion. Sommes-nous les sujets ?

Toute la recherche d’Antonin De Bemels a pour origine la question de la subjectivité du regardeur et, par conséquence, celle de la liberté du créateur. Formé à l’Erg, Antonin est d’abord vidéaste. Et passionné par la représentation du mouvement, sa re-création dans le processus vidéographique. Confronté au montage rapide d’images disparates, il sait que le cerveau de chaque spectateur sélectionne différemment les informations perçues. C’est, au départ, ce phénomène physique – la persistance rétinienne – qui constitue son matériau. Dans ses premières vidéos, il utilise différents procédés, le “scrubbing” ou le montage stroboscopique notamment, pour recomposer le mouvement et déstructurer les corps filmés. Aujourd’hui, dans ses vidéos comme dans ses installations, il intègre régulièrement le dessin et s’inspire de techniques proches du cinéma d’animation. Il donne ainsi vie à ses personnages dans une mise en scène qui se veut narrative tout en laissant une place – notamment par l’abstraction – aux altérations nées de la sensibilité propre à chaque visiteur.

Infiltrer l’installation. Pénétrer un espace où les silhouettes s’agitent sans bouger et dialoguent sans mots. Vriller nos yeux sur leurs faces de lune. Comprendre qu’ils hurlent à l’unisson une seule question. Qu’ils nous racontent une seule histoire. Se prendre l’émotion en pleine figure. La leur ou la nôtre ?

Antonin De Bemels est sculpteur. Il fabrique des masques depuis l’enfance, dans l’atelier de son père, peintre, scénographe, artisan, qui lui prodiguera longtemps de précieux conseils. Le masque porte en lui un triple rapport au monde. Il est immédiat, il est média, il est réflexif. Immédiat, il cache et donc affranchit celui qui le porte : c’est la licence du carnaval et c’est le pseudonyme – ceux d’Antonin sont Bonhomme Daniel, Petite Porte (ou Bonhomme) de Bronze, et le libèrent des étiquettes. Média, le masque crée du lien entre porteur et spectateur : comme le prisme à travers lequel la lumière blanche révèle les couleurs du spectre, il retient les expressions du monde, puis nous les livre, et sur les faces vides de cet étalage étrangement familier, nous ne voyons jamais que nous-mêmes. Réflexif, le masque nous questionne et nous trouble, quelle est cette question qui me submerge ? Il installe un dialogue de soi à soi.

Suivre l’installation. De l’œil et du tympan. Se souvenir des dioramas des musées de notre enfance. Laisser image et son créer une tension entre les sculptures. Écouter l’écho de leurs conversations. Que disent-elles ?

Vidéaste, sculpteur, Antonin est aussi musicien et compositeur. De toutes les disciplines artistiques, la musique est la moins discursive : elle s’adresse directement à l’émotion. Cohérent, Antonin De Bemels propose un paysage sonore électronique expérimental permettant à chacun de créer son histoire.

Venir de bonne humeur, venir un peu nerveux, revenir. Passer en coup de vent, pressé, ou s’attarder, curieux, en paix. Se taire, s’absorber, puis s’épancher pour vidanger un peu ce flot de nous-même qui fait déborder le vase. Observer et se sentir observé… Venir pour découvrir, puis revenir pour assister à l’enregistrement d’une émission radio conçue par l’artiste. Être là le jour de la projection des films sélectionnés par lui… les expériences que nous propose Antonin De Bemels au Clignoteur sont uniques et chaque fois différentes. Plus qu’à chacun d’entre nous, elles parlent à celui, celle, que nous sommes ce jour, cette heure, cette minute. Un rendez-vous, en somme !

L’exposition “Un étalage étrangement familier” d’Antonin De Bemels, à voir au Clignoteur dès le 15/9/2017 (http://leclignoteur.be/)

L. Baud’huin – Août 2017

Un étalage étrangement familier – Antonin De Bemels

Laetitia Bica – Common land

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Ce 19 avril et durant tout un mois, la MAAC de Bruxelles présente Common land de la photographe belge Laetitia Bica.

Pour Common land, Laetitia Bica fait face à sa liberté individuelle, sa liberté d’artiste, dans un contexte fortement marqué par les exigences inhérentes à sa pratique professionnelle.

Ses images, la plasticienne les a construites au fil de ses rencontres et de ses résidences. C’est lors de l’une d’elles, dans la méridionale et inspirante Villa Noailles de Hyeres, que sont nées, en hommage à la mer Méditerranée, plusieurs des paysages envoûtants mis à l’honneur sur les murs de la MAAC. En manipulant ses modèles, en manipulant la nature, la photographe crée la dialectique. Les œuvres sont composées de matériaux qui agissent à la manière de liants, à la fois plastiques et symboliques. Les sujets photographiés excluent tout consensus, favorisent les échanges. Grâce aux interventions, portraits et paysages se rejoignent, les limites de genre s’effacent et – par le jeu subtil de l’installation – entrent en dialogue.

Les techniques d’impression visitées sont autant de mondes qui appellent à la réflexion. Par l’ancestrale – et étonnante technique de la gomme bichromatée, par la modernité de l’impression sur verre, par la transparence et les ambiances changeantes des images exposées au grand jour, par la dissimulation dans la nuit artificielle d’une black light, la perception sans cesse mouvante d’images qui se superposent comme autant de calques met le visiteur de la MAAC au cœur de la démarche. Y déambuler devient alors une expérience créative et, sans nul doute, hors du commun.

L.Baud’huin

Laetitia Bica – Common land

Rédaction culturelle

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Beaucoup de créateurs, de créatrices, d’artistes parlent volontiers de leur travail. Pourtant, pour certain(e)s, il reste difficile de le présenter – de se présenter – par écrit.

Tout art est un langage et l’artiste, lorsqu’elle crée, lorsqu’il crée, est déjà en communication. C’est pourquoi, souvent, “écrire sur soi”, que ce soit sur son travail ou sur soi-même, revient à paraphraser. Les mots ne semblent pas suffisants pour exprimer le fond des choses et sonnent comme une mauvaise traduction, ce qu’ils peuvent être puisqu’ils tentent de traduire littéralement ce que l’objet créé exprime spontanément dans son langage propre.

De plus, immergé(e)s dans leur création, les artistes en ont la plupart du temps une vision intérieure, en sont imprégné(e)s. C’est pourquoi trouver la distance nécessaire afin d’en exprimer le concept, de les décrire ou de créer des liens peut poser problème.

Bref, pour un(e) artiste, pouvoir défendre ses différents projets, exposer ses différents langages – et plus encore dans un but de promotion – pouvoir parler de soi, peut parfois se révéler réellement inconfortable.

C’est là qu’en tant que rédactrice culturelle, je peux apporter mon aide.

En pratique…

Avant toutes choses, il y a une rencontre.

Après un premier contact est fixé un rendez-vous. Lors de celui-ci, vous – le créateur, la créatrice, devrez pouvoir mobiliser le temps nécessaire à me présenter votre travail, œuvres originales ou photos/vidéos/enregistrements audio (…) à l’appui. Vous devrez aussi vous prêter au jeu de l’interview. Si l’objectif de ce tête-à-tête  est de circonscrire le sujet à présenter ainsi que la forme et la finalité du texte, ce moment d’échange,  cette rencontre, est d’une importance essentielle : c’est en effet de nos discussions, de la confrontation de nos points de vue que naîtra réellement le texte dans toute sa singularité.

Notons encore que, s’il s’agit prioritairement de promouvoir votre travail – je suis rédactrice culturelle et non critique d’art – les textes peuvent répondre à différents besoins : communiqué de presse, note d’intention préalable à la remise d’un dossier,  texte de présentation pour le catalogue d’une exposition, pour un site internet, texte promotionnel à destination du public…

Pour terminer, j’aimerais ajouter que je trouve extrêmement enrichissant de plonger  dans l’univers subjectif de chacun d’entre vous, puis de pouvoir écouter l’écho que cette rencontre fait résonner en moi.

Au plaisir, donc, de vous rencontrer.

Laurence Baud’huin
0473/61.44.53
baudhuinlaurence@gmail.com

 

Des exemples ? C’est par ici…

Créer pour voir, créer pour être vu (@ Secouez-vous les idées / CESEP) – page 41 ici : https://www.cesep.be/PDF/SECOUEZ/SECOUEZ_112.pdf  ou là : https://laurencebaudhuin.wordpress.com/2017/12/27/creer-pour-voir-creer-pour-etre-vu/

Le Styx rouvre ses portes (@ Styx) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/210

Antonin De Bemels – Un étalage étrangement familier (@ Le Clignoteur) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/190

Laetitia Bica – Common Land (@ MAAC) https://laurencebaudhuin.wordpress.com/2017/04/17/laetitia-bica-common-land

Centre de la Gravure et de l’Image imprimée – CESEP http://www.cesep.be/PDF/SECOUEZ/SECOUEZ_108.pdf#page=5

Nadia Kever – With love and colors (@ Le Clignoteur) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/161

Philippe Deman – Optinoir https://wordpress.com/page/laurencebaudhuin.wordpress.com/149 et sur son site : http://www.optinoir.be/

Patrice Deweer – Le Feu Follet (@ Le Clignoteur) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/89

Patrice Deweer – Le Feu Follet (Préface du livre) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/97

Patrice Deweer – Le Feu Follet (Texte inspiré des photos du livre) https://wordpress.com/post/laurencebaudhuin.wordpress.com/108

Véronique Poppe – Cheveu (@ Le Clignoteur ) https://laurencebaudhuin.wordpress.com/veronique-poppe-cheveu/

Sabine Sil – Les écorchées douces (Women are Heroes @ Carte de visite 2016) https://laurencebaudhuin.wordpress.com/sabine-sil-les-ecorchees-douces-women-are-heroes/

Caroline Lemaire – Naufrage (@Engramme – Louise 186) naufrage-caroline-lemaire-2015

Johan Cosijns – Antibodies. (@Le clignoteur) http://wp.me/P70RW5-g

Laurence Skivée – Roma  (@Le clignoteur) http://wp.me/P70RW5-4

Raphaël Decoster – Les animaux et les choses  (@Le clignoteur) http://wp.me/P70RW5-i

Delphine Navez – Sur du rien (@ Le clignoteur) https://laurencebaudhuin.wordpress.com/sur-du-rien-delphine-navez-claire-lavendhomme/

Anouchka Vilain – Petite note biographique pour le magazine Médor https://laurencebaudhuin.wordpress.com/anouchka-vilain-petite-note-biographique-pour-medor/

Rédaction culturelle

With love and colors – Nadia Kever

La rédaction culturelle, qu’est-ce que c’est ?

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With love and colors. Les travaux que Nadia Kever propose au Clignoteur sont comme des cartes postales de son été à l’atelier :  elles partagent à distance son bonheur d’être là où elle est, de faire ce qu’elle aime. Aimer, le verbe n’est pas trop fort : le parcours artistique de Nadia débute par un coup de foudre. Pour le labo, pour la magie de la lumière qui fait naître l’image. C’est une évidence. S’ensuit le plaisir mille fois décliné de l’expérimentation, ce mélange de jeu et de réflexion qui grise, excite, donne du sel. Et qui extraira – un jour –  de ses paysages leurs lignes essentielles, minimales, pour ne laisser que deux bandes horizontales, l’une blanche, l’autre noire, révélées sur papier photographique.

A partir de cette relation émotionnelle avec le développement, Nadia Kever a construit un processus de travail singulier. Délaissant la prise de vue, elle a redonné à la photo-graphie – littéralement dessin de lumière, son sens original, et utilisé l’agrandisseur pour créer la couleur. Sériées, ordonnées en une palette unique, ses centaines de nuances, révélées sur papier photosensible, servent de matériau à toutes ses compositions.

Ainsi, si chaque tirage est un monochrome photographique, c’est par la confrontation des couleurs que l’objet prend forme. Aucune recherche théorique, pourtant, n’est à l’origine des harmonies choisies : seule agit la réalité, passée au filtre du regard de l’artiste. Ainsi ce moment de grâce, beau comme un chant de Lautréamont, qui marquera à jamais Nadia : la rencontre, au détour d’une rue, d’une jeune femme au chemisier bleu ciel et à la jupe rouge cerise.

Nadia dit : L’art géométrique respire car il implique l’espace autour, la relation « entre ». Cette question de l’espace, cette envie de synthétiser jusqu’à l’épure formes et vides, ombres et couleurs, est au centre de son travail. Pour sublimer la lumière et renforcer sa réfraction, les monochromes photographiques sont collés entre des feuilles de plexiglas. Les images deviennent alors objets, se détachent des murs et ouvrent le champ des possibles à la profondeur puis, dans un même élan, à l’architecture.

Au Clignoteur, Nadia Kever déploie et dépose donc ses architectures imaginaires, projections de ses envies de libérer l’espace comme de lui rendre hommage. Face aux œuvres, et reflétée dans chacune d’elles, la vieille armoire du Clignoteur accueille en perspective quelques traces des recherches de l’artiste, dans un tête-à-tête qui, comme les cartes postales, témoigne, with love and colors, de l’espace, du plaisir, et du temps.

 

Laurence Baud’huin, juillet 2016

With love and colors – Nadia Kever

Philippe Deman – Optinoir

Pour découvrir le travail de Philippe Deman / Optinoir

La rédaction culturelle, qu’est-ce que c’est ?

Optinoir-22++JPEG+HAUTE+DEFDe prime abord, j’appréhende les œuvres de Philippe Deman, alias Optinoir, comme abstraites. Elles me parlent dans une langue d’émotions. J’y perçois comme une dualité : la coexistence d’une grande liberté avec une précision qui tend à l’obsession. Appliquée couche par couche au dos de plaques de verre, la couleur, éclatante et vive, partage les espaces avec des enchevêtrements, des encombrements de traits ordonnés, rythmés. Je ressens la cadence, la dynamique de composition : la peinture glisse sur le support lisse, semble d’abord sans entraves, libre de s’étendre en nappes colorées. Puis les frontières apparaissent, sombres, peuplées, restrictives.  A mon impression première succède une montée en tension, une accélération du pouls, une crispation proche de l’implosion.

Philippe m’explique : « Chaque peinture est un cri, un besoin de me libérer d’une idée qui m’obsède pendant des mois. Je deviens intranquille[1], de plus en plus agité, je peins pour faire sortir de moi ces émotions enfouies qui me rongent, pour retrouver le calme, le silence, la sérénité ». Il poursuit : « Mais ça ne marche pas, jamais. Si, par exemple, je cherche le beau dans la couleur, cette recherche ne dure pas. A un moment, je me contracte. Mes gestes deviennent fébriles, s’accélèrent, se font répétitifs. Peu à peu, l’idée de départ disparaît au profit du mouvement lui-même. C’est de là que vient, finalement, la libération. » Le geste pour le geste, indispensable mais sans rédemption. Je réalise alors que chaque œuvre de Philippe est une abstraction qui figure. Chacune d’elle dit l’indicible, les questions sans réponses, les dégoûts sans rémissions. Plusieurs thématiques sont récurrentes. Parmi elles, la quête identitaire, l’ancrage. Philippe me dira « mon histoire est un trou béant ». Il n’aura de cesse de chercher à le combler.

C’est au Sénégal, au cours d’une mission de commerce équitable, que Philippe est accueilli dans une famille qui deviendra la sienne. Au cœur des bidonvilles de Dakar, il éprouve l’intimité sans masque et sans attentes. Et s’enracine. Il y découvre aussi la technique traditionnelle de peinture sous verre et le travail à partir de matériaux récupérés. Lui qui n’a jamais peint ni dessiné adoptera l’une et l’autre, en autodidacte.
La quête de soi, chez Philippe Deman, va prendre plusieurs formes. Elle va le mener à s’interroger sur notre histoire collective, coloniale bien sûr dans ses références à l’Afrique, mais aussi charbonnière. Il me dira : « J’aime me promener sur les terrils. Marcher sur cette terre me ramène à ce passé que nous partageons tous, qui a déterminé notre histoire. J’y ramasse des bidons, des objets que j’assemble. » Avec les bidons, Philippe fabrique des masques qui le révèlent au lieu de le cacher. Dans la peinture, la dimension existentielle est plus métaphysique. Par la gestuelle, elle ramène être à faire. « Dans le climat et l’ambiance actuelles, faire de l’art est un acte de résistance » me dit Philippe. « Faire, c’est aussi perpétuellement défaire, ajouter des couches de peinture, c’est toujours détruire ce qui existait avant ». Séduite par l’idée, je me dis que, peut-être, la répétition de formes, cette sériation nerveuse et quasi rituelle qui traverse toute l’œuvre de Philippe, temporalise son geste créatif : comme les secondes qui s’écoulent, irréversibles, à la fois toutes semblables et jamais reproduites, ses figures séquencées, sans cesse dupliquées, disent l’instant créatif et son existence propre dans le moment de création. Faire et être une fois encore synonymes. Une autre thématique revient fréquemment dans le travail de Philippe. C’est celle de l’injustice sociale. Les noms des rubriques sous lesquelles sont présentées les œuvres en disent long. Ainsi les champs de batailles et lignes de fuite, où cloisons et frontières sont autant de symboles des prisons de notre siècle, murs de la honte et cohortes de réfugiés déboutés en tête ; les working class heroes écrasés par un système qui leur coupe la langue et les tient prisonniers ; les sorties de secours qui ne mènent nulle part mais crient le besoin du monde – et de Philippe lui-même – de trouver une issue, dussent-ils briser la glace… puis les fétiches, imposteurs boulimiques de nos besoins de croire.

A l’instar des artistes d’Art Brut mais également de ceux de l’Arte Povera, Philippe Deman ne crée qu’en réaction. D’une esthétique maîtrisée, ses compositions équilibrent avec harmonie les conflits qu’elles mettent en scène. Le résultat est une œuvre d’une grande sincérité et d’une grande cohérence, à la plastique particulière. Une œuvre dont la portée ne pourra sans doute pas être appréhendée dans toute la richesse de sa singularité par la reproduction numérisée. A découvrir de toute urgence dans le monde réel, donc.

Laurence Baud’huin – mai 2016

[1] Le terme est de Pessoa. Il entre dans la langue française à la sortie de son « Livre de l’intranquillité » paru pour la première fois en français chez Christian Bourgeois en 1988.

Pour découvrir le travail de Philippe Deman : http://www.optinoir.be/peintures-all/

Philippe Deman – Optinoir