Nina Cosco / José Parrondo / Les éléments manquants : Céramique, acrylique, textes et trous

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

josé parrondo et nina coscoClef, lunettes, ami, temps, chaussette, amour, mot, argent, machin censé être au fond du sac, machin censé être dans le tiroir de droite, sens de la vie, bouquin, chat, titre de cette chanson, réponse à la question, jardinet, soleil, bonne guerre, plan de carrière, chevalier servant, femme fatale, pot, chance, petit tableau, ambition, brise légère ou suite dans les idées ; ça ne rate jamais : les manquants deviennent                                                      .

On les cherche, on ne                                         plus qu’à eux ! C’est obsessionnel.

Même plus                                       que les présents, dont on se fiche                                       ,  les éléments manquants nous possèdent. Et apparaissent en disparaissant, un peu comme les céramiques de Nina Cosco. C’est un canular. Une blague absurde que fait la vie, qui a un humour à la José Parrondo, quand on y pense.  Les éléments manquants sont des paradoxes et des rock stars.

 

Laurence Baud’huin – Avril 20  9

 

José Parrondo et Nina Cosco présentent “Les éléments manquants”, au Clignoteur, du 11.05 au 02.06. Infos : http://leclignoteur.be/

Advertisements
Nina Cosco / José Parrondo / Les éléments manquants : Céramique, acrylique, textes et trous

Ciné-Gedinne ou l’expérience du prêt citoyen

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

2_cine-gedinne-a-sa-nouvelle-salle-20181210145206Située en province de Namur, non loin de la Botte de Givet, langue de France venue lécher les abords wallons, la commune de Gedinne est une mignonne bourgade d’un peu moins de 5000 habitants. En 2007, un petit cinéma posé là depuis les années cinquante vivotait toujours, résistant tant bien que mal – et sans doute grâce à la distance qui sépare le village de la ville la plus proche – aux complexes géants du 7ème art en situation de quasi-monopole. On tournait alors à une séance par semaine : à plus ou moins court terme, Ciné-Gedinne jouait donc sa Chronique d’une mort annoncée.

C’est alors qu’un groupe de jeunes, originaires du cru, décide de le sauver.

Pour y arriver, il fallait avant tout moderniser, puis assurer une programmation qui remplirait la salle unique. Les initiateurs du projet, Julien Collard et Anne-Sophie Vandevoorde, contactent la commune qui héberge depuis toujours le cinéma, sans charge de chauffage ni d’électricité : celle-ci accepte d’investir la somme de 80 000 € pour la rénovation. Côté programmation, ils font appel à Alexandre Kasim qui, avec sa sprl, Lights in the city, va assurer pas moins de quinze séances par semaine. A l’affiche, les blockbusters côtoient les films d’auteur, la diversité des publics s’y retrouve : avec une moyenne de quinze spectateurs par séance et grâce au travail d’une vingtaine de bénévoles, l’expérience est rapidement un succès.

Ciné-Gedinne est une asbl. Ses comptes sont transparents : elle engrange de 12000 à 15000€ de bénéfices par an. En 2018, elle décide d’investir la somme de 70 000€, dans une nouvelle rénovation de la salle, cette fois pour améliorer le confort des spectateurs.  Après devis, il apparaît que cette somme ne suffira pas. Investir plus est impossible car il est essentiel pour l’association de garder en caisse suffisamment d’argent pour pallier d’éventuelles avaries, notamment pour remplacer, si cela s’avérait nécessaire, l’indispensable projecteur numérique.

Un emprunt est donc inévitable, mais, avec Julien et Anne-Sophie, l’équipe du cinéma réunie en comité réalise très vite que les banques ne les suivront pas. Ils s’adressent alors à l’asbl Financité, qui va leur proposer une alternative originale : le prêt citoyen. Le principe, qui repose sur le modèle des obligations, est le suivant : tout un chacun peut prêter de l’argent au cinéma, sous forme de l’achat d’un nombre variable de parts d’une valeur de 100€ chacune. La somme investie sera bloquée cinq ou dix ans, au choix des citoyens prêteurs, et leur rapportera un peu plus d’1% par an. Un taux d’intérêt bien meilleur que celui proposé par les banques ! Si le risque zéro n’existe pas, le cinéma a néanmoins les reins solides :  un dossier financier très précis est monté, exposant les comptes et la fréquentation en hausse, anticipant les écueils à éviter[1].

Et ça marche : beaucoup de prêteurs sont des gens du village ou des communes alentour, plus quelques passionnés de cinéma, quelques réalisateurs aussi… Ciné-Gedinne, son emprunt en poche, effectue les travaux annoncés. Rouverte depuis le 7 décembre 2018, sa salle aujourd’hui plus grande, plus belle, munie de gradins et d’une meilleure acoustique, accueille un public qui, de simple spectateur, a acquis le statut d’investisseur impliqué. Les gens en parlent, en sont fiers et, embarqués dans l’aventure, soutiennent par leur fréquentation leur petit cinéma si courageux.

Quant à la question de savoir si c’est au citoyen de faire survivre la Culture, si la Fédération Wallonie Bruxelles n’aurait pas dû, à ses frais, garantir la pérennité de Ciné-Gedinne, la réponse de Julien Collard est réaliste : subventionnée structurellement par la FWB, l’asbl aurait été tenue de suivre une programmation imposée, principalement en Art et Essai. Ceci aurait fait chuter sa fréquentation et éloigné une grande partie de ce public friand de films plus populaires. L’indépendance et la liberté qu’offrent aujourd’hui l’autonomie financière de Ciné-Gedinne, c’est donc la garantie de sa mixité…

L. Baud’huin, 27.01.19

[1] https://www.cine-gedinne.be/nous-soutenir/

Pour retrouver l’intégralité de l’article, et notamment une flopée d’infos sur le magnifique projet de film “Ali et Aliette”, rendez-vous sur le site du Cesep : https://www.cesep.be/index.php/publications2/secouez-vous-les-idees/notre-dernier-numero

 

Ciné-Gedinne ou l’expérience du prêt citoyen

Écarts ! Philippe Van Cutsem

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

eclats clignoteur

Les dessins et collages de Philippe Van Cutsem, accumulés sur une période de plus de trente années, revendiquent, avec une surprenante cohérence, une appartenance à un tout presque généalogique.

Chaque série est une maison. Singulière, elle a ses propres contraintes, donnant aux travaux qui y naissent cet air de famille qui différencie. Pourtant, à l’instar des membres d’une tribu déjà ancienne, étendue et prolifique, toutes les œuvres partagent les mêmes gènes, ici la même genèse : une facture qui tient de l’écriture graphique automatique, intuitive.

Rencontre de la couleur et du noir et blanc, fenêtres qui semblent autant de cadres – d’écrans – soudain éclatés, détails comme saisis en macro, ou traces, esquisses qui semblent vues de très loin, formes et détails associés en échos, scènes qui s’accumulent en séquences, la grammaire de Philippe Van Cutsem est celle du cinéaste, du réalisateur de quantité de films – deux longs métrages en cours de montage actuellement – où l’on retrouve les notions de mémoire, d’archive, de trace.

Aussi – comme on pourra le découvrir lors de la projection au Clignoteur de L’Embellie, les créations de Philippe Van Cutsem sont autant de recherches d’un état, proche du rêve, qui permet à l’esprit les associations libres. Le dessin, le collage, le film ont leur vie propre. Le faire les révèle, leur donne la possibilité d’advenir, laissant à Philippe le soin de reconnaître et d’orchestrer, de suivre et de soutenir, à l’écoute, aux aguets.

 Et nous pouvons alors pousser plus loin l’expérience du regard, comprendre enfin, sans interpréter.

Laurence Baud’huin – décembre 2019

 

Philippe Van Cutsem exposera au Clignoteur – 30 Place de la Vieille Halle aux Blés – 1000 Bruxelles, du 02 au 24 février 2019. Vernissage le 01 février dès 18.00.

Infos : http://leclignoteur.be/

 

Écarts ! Philippe Van Cutsem

Nous ne sommes pas des utopistes

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

IMG_1562

Par Caroline Coco et Laurence Baud’huin
pour le “Secouez-vous les idées”, périodique trimestriel du CESEP asbl, N°116 – http://www.cesep.be/

 

Quelle que soit la définition choisie, car le mot en revêt plusieurs, l’utopie traîne toujours derrière elle un effluve d’imaginaire, déconnecté du réel. Tournant le dos aux fatalistes qui disent le rêve inaccessible, les trois démarches présentées ici s’inscrivent dans le faire. Les premiers ont retroussé leurs manches pour réinventer le lien entre vie professionnelle, artistique et domestique ; le second s’est donné pour mission d’utiliser l’art comme tremplin vers le mieux-être de ceux et celles qu’il met en scène ; le troisième s’est plongé dans les punchlines de la littérature du XIXème pour dénoncer le fait que les mêmes causes, à chaque époque, produisent souvent les mêmes effets.

Apprendre, réparer, créer, pour soi-même et pour le monde.

Sur le site Internet du Lac, on peut lire qu’il est une expérience anthropologique qui cherche à fabriquer un nouveau paradigme socioprofessionnel.[1] Comprendre : parce qu’il est une communauté de vie, mais également un centre d’art et de culture, le Lac propose une nouvelle dimension où habiter et travailler ne sont plus les faces injoignables de la pièce lancée au hasard de nos vies. Pratiquement, au 36 rue de Witte de Haelen à Bruxelles, sept personnes – aujourd’hui Etienne Briard, Alex Guillaume, Matthieu Ha, Carole Louis, Paul Morel, Louis Neuville et Caroline Scheyven, dorment et mangent, créent, réparent et construisent, programment et accueillent, cuisinent, servent et abreuvent, nettoient et rangent, échangent et inventent ensemble. Chaque mercredi, jeudi et vendredi, la porte de leur magnifique espace (deux bars, deux scènes, un sauna…) s’ouvre au public lors des zwanzes, et ce qui s’y passe tient de la performance artistique live, de la fête et parfois de l’expérience sociologique. Ainsi, les habitants du Lac accueillent chez eux, ce qui modifie leur relation au public, voire les liens entre les visiteurs eux-mêmes. Ceux-ci, débarrassés de leur costume de consommateurs anonymes, endossent celui d’invités. De plus, la dramaturgie de certains événements est pensée comme un dispositif visant à pousser les participants à sortir des comportements normés.[2]

Simple en apparence, le projet du Lac, pour être optimal, repose sur un socle idéologique, économique et politique extrêmement solide. Au départ de son existence, il y a le parcours singulier de son initiateur, Louis Neuville, et la passion intellectuelle de ce dernier pour la psychothérapie institutionnelle (PI). Initiée par différents psychiatres aux prémices de la seconde Guerre Mondiale, et notamment par Francesc Tosquelles, médecin catalan marxiste et libertaire, la PI va bouleverser la relation entre patient et soignant en modifiant fondamentalement l’institution hospitalière. Pour Tosquelles, deux aliénations coexistent : l’une est psychopathologique, l’autre est sociale. Or, dans une société malade, soigner les déviants revient à rendre fous les gens sains. Par extension, c’est la société tout entière qu’il faudrait, à terme, assainir. Dans l’institution de Tosquelles, et à sa suite, du psychiatre Jean Oury, les patients sont impliqués à tous les niveaux de la vie en société : ils construisent leurs propres baraquements, travaillent aux champs, cuisinent, tout cela dans une absolue liberté. Et si économiquement, l’institution se suffit dès lors à elle-même, c’est sociologiquement, voire politiquement que l’expérience est réellement novatrice : une fois tombé le mur entre sains et malades, les rapports sociaux sont réinventés et une nouvelle créativité peut naître.

Voilà sans doute pourquoi Louis Neuville, quand il parle du Lac, emploie les mots « hôpital » et « école ».  Le Lac, au départ mille mètres carrés d’entrepôts vides, va devenir l’étonnant centre culturel qu’il est aujourd’hui à la seule force des bras de ses habitants, qui consacreront à sa rénovation neuf mois de leur vie. La charge de travail nécessaire à faire exister cet endroit demande une organisation qui, pour très organique qu’elle soit, n’en est pas moins planifiée à raison de réunions hebdomadaires où se décide le qui-fait-quoi, en équilibre entre les désirs de chacun et les besoins du lieu. On le voit, ce sont bien les outils de la PI qui opèrent le changement de paradigme.

Et ne serait-ce que parce qu’en temps de sécheresse, le lac est cet espace de trêve où chacun peut boire sans se faire dévorer ; son modèle – dans cette époque de prédations multiples – ce modèle qui porte en lui à la fois l’excitation de l’aventure et la chaleur du nid, mérite d’être abordé avec le plus grand respect.

Je n’aurais jamais cru devenir une œuvre d’art.

Vic Muniz est un plasticien contemporain. Né au Brésil en 1962, il vit aujourd’hui à New-York. Au début du documentaire « Waste Land » que lui consacre la réalisatrice Lucy Walker en 2010[3],  l’artiste dira : « Lorsque vous voyez les gens regarder des tableaux dans les musées, ils s’approchent, très près, et puis reculent ; ils analysent la matière, puis l’ensemble. » Ainsi, au travers de son œuvre, Vic Muniz n’aura de cesse d’explorer un constat dont l’apparente simplicité deviendra le creuset de projets étonnants : « L’essence de l’Art, c’est de transformer les matériaux en idées ». Par la suite, il ajoutera encore à son travail un angle d’approche qui va propulser son action dans une dimension humanitaire extraordinaire. Quittant la seule représentation, il aura désormais pour objectif de créer des œuvres participatives avec des groupes de personnes dont il pourra tenter d’influencer l’existence.

Cette aventure humaine, il va la proposer à ceux qui, au Brésil, représentent les exclus parmi les exclus, les invisibles : les catadores, trieurs de déchets sans reconnaissance officielle, vivant de la vente des matériaux récupérés. Ils sont plus de 2000, hommes, femmes et enfants, sur la plus grande décharge d’ordures du monde, el Jardim Gramacho, en périphérie de Rio de Janeiro. Avec eux, Muniz va passer plus de trois ans. Son but : réaliser leurs portraits, des photos mises en scène dont l’iconographie naîtra de leurs échanges. Par la suite, ces photos projetées en très grands formats seront recomposées avec des matériaux trouvés sur la décharge, avant d’être rephotographiées. C’est ici que l’aventure participative prend son envol. Car ce sont les trieurs eux-mêmes, invités dans l’atelier installé dans un centre culturel de Rio, qui vont matérialiser leur propre image avec les déchets collectés. Et si, en faisant, ceux-ci mettent en valeur leur travail essentiel de recycleurs, ils réalisent également concrètement qu’ils œuvrent à transformer des ordures en matière à penser.

Alors que se poursuit le projet, une question – essentielle et courageuse – va émerger : l’art peut-il modifier la vie des gens ? De ces gens ? Pourront-ils, un jour, s’échapper de la condition qui est la leur ? En effet, très vite, certains trieurs ne souhaitent plus retourner sur la décharge. Mais que leur proposer au-delà de cette aventure ? Après un tel investissement, une telle rencontre, Muniz et son équipe peuvent-ils juste s’en aller et les laisser là ? Pour les trieurs, c’est une évidence : quelque chose dans leur vie, a définitivement changé. Muniz dira que toute découverte est porteuse, en soi, de potentialités, et qu’entre permettre à une communauté de s’ouvrir, ne serait-ce qu’un peu, ou ne rien faire, son choix est assumé !

Au terme de l’aventure, plus de 250.000 dollars seront récoltés et reversés entièrement aux trieurs. Ceux-ci, invités au vernissage de l’exposition rétrospective de Vik Muniz à Rio, verront enfin le monde médiatique s’intéresser à leur cause et gagneront en légitimité et en crédibilité. A la sortie du film, en 2010, le gouvernement brésilien s’en servira pour sensibiliser la population du pays au tri des déchets et au sort des personnes qui s’en occupent.

Mais au-delà, ce qu’a fait Muniz à Jardim Gramacho, c’est de rendre visible et beaux, de transformer en œuvres d’art, ceux et celles que, jusqu’alors, personne ne voulait voir.

 

Les soliloques du Pauvre

Vîrus x Rectus, voici ce qui pourrait faire croire à un nouveau duo dans le monde du rap français.  Pourtant, l’un des deux est mort depuis presque un siècle. En effet, Gabriel Randon, dit Jehan Rictus (1867-1933) fut un poète peu reconnu de son vivant et presque oublié après sa mort.
Le rappeur français Vîrus découvre ses carnets en 2015, et tombe sous le choc de tout ce qu’ils ont en commun. Une pauvreté éprouvée et une grande résignation face au monde qui les entoure. Résignation oui, mais refusant, corps et âmes à participer à la société du spectacle, voire au spectacle de la société. Aussi, tous deux casseront les codes, l’un de la poésie classique, l’autre du rap.
De 1894 à 1897, Jehan Rictus écrit Les Soliloques du Pauvre, recueil de poèmes qui racontent la vie d’un vagabond errant dans Paris[4]. Il dira en préface : « Faire enfin dire quelque chose à quelqu’Un qui serait le Pauvre, ce bon pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours. Voilà ce que j’ai tenté. » Toujours d’actualité ! La pauvreté, nécessaire au maintien d’un modèle libéral, se déballe dans les médias qui finissent par oser inviter le quidam à se déculpabiliser, en donnant quelques sous, remplaçant ainsi un Etat déjà, toujours, démissionnaire…

L’en faut, des Pauvr’s, c’est nécessaire/Afin qu’ tout un chacun s’exerce/
Car si y gn’ aurait pus d’ misère/Ça pourrait ben ruiner l’ Commerce.
Nul n’est épargné, et surtout pas le pouvoir médiatique :
Les journaux, mêm’ ceuss’ qu’a d’ la guigne/À côté d’artiqu’s festoyants/

Vont êt’ pleins d’appels larmoyants/Pleins d’ sanglots… à trois sous la ligne !/C’ qui va s’en évader des larmes !/C’ qui va en couler d’ la piquié !/ Plaind’ les Pauvr’s c’est comm’ vendr’ ses charmes/ C’est un vrai commerce, un méquier !

Argot, assonances, allitérations, plume trempée dans le vitriol, Rictus aura choqué ! On comprend aisément en lisant qu’il faut le déclamer à voix haute, pour en ressentir toutes les nuances et subtilités. C’est d’ailleurs ce que Rictus faisait, de cabarets en cabarets, moins par vanité artistique que pour avoir du pain à se mettre en bouche.
2018, Vîrus reprend ses textes et les compile dans un livre-cd éponyme[5]. A son tour, il casse les codes du rap, reprenant des textes écrits par un autre auteur, ce qui n’est pas vu d’un bon œil dans le milieu ! Dans sa retranscription, il gardera au maximum le langage de Rictus,  actualisera certains mots mais ne touchera pas au sens. Se disant que Rictus avait lui-même enfreint des codes, il se l’est permis. Le résultat est bluffant ! Sur un fond musical plutôt noir et sobre,  sur un phrasé bien rythmé, il nous emmène dans ces rues, ces lieux, ces interstices de la vie où les éloignés et les invisibles survivent.
Ne s’arrêtant pas à la sortie de l’album et à sa tournée de concerts, Vîrus intervient aussi dans des écoles, pour faire découvrir ce poète disparu et les questions brulantes qui traversent son œuvre.  Finalement, il s’agit bien d’un duo vivant !

[1] https://www.lelac.info

[2] Ce fut le cas, notamment, en janvier dernier avec l’événement pluridimensionnel intitulé « La machine de Monsieur Seguin ».

[3] http://wastelandmovie.com/

[4] Recueil disponible librement sur http://www.florilege.free.fr/jehan-rictus/les_soliloques_du_pauvre.html

[5] « Les soliloques du Pauvre », livre CD, 2017, Rayon du fond, label indépendant.

Nous ne sommes pas des utopistes

Sarah Behets – Bruits sur la rétine

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

Behets18-04 017

BRUIT [ɓʀɥɨ] n.m. – XII°; de bruire; lat.brugitum, p.p. de brugere à bruire 1♦ Sensation auditive produite par des vibrations irrégulières. 2♦ Nouvelle répandue, propos rapportés dans le public. 3♦ (mil. XX°) PHYS. Phénomène aléatoire gênant qui se superpose à un signal utile et en perturbe la réception.

VIBRATION [vibʀasjᴐ] n.f. – 1632 phys. ; 1510 « lancement d’une arme de jet » ; lat vibratio à virer 1Mouvement, état de ce qui vibre, effet qui en résulte (son et ébranlement).

MOUVEMENT [muvmᾶ] n.m. movement 1190 ; de mouvoir. 1 (Sens pr.) Changement de position dans l’espace en fonction du temps, par rapport à un système de référence[1].

A l’exemple de ces silences partout différents que doivent enregistrer les micros de cinéma, précieusement gardés car impossibles à imiter ; à l’exemple des quiétudes des forêts, des calmes des fonds marins, il y a au cœur des travaux de la plasticienne Sarah Behets une atmosphère propre, tangible mais insaisissable. Si l’on considère les bruits – les silences, comme autant de mouvements de l’air, d’ondes en vibrations, il apparaît, dès que l’œil embrasse l’espace tendu entre les œuvres, qu’en effet, rien n’est figé.

Cela tient au processus créatif de Sarah : gourmande de formes et d’échos, elle crée, collecte et archive des patrons de papier, des ébauches de couleurs gravées ou peintes, des découpes de plaques de cuivres, des coupons de tissu.  L’atelier est une piste, une salle de bal, il y a présentation, invitation. Il faut du temps, le temps de la réflexion, puis les formes et les couleurs s’y mettent, elles permutent et se répondent, pivotent, changent d’axe… quand elles dansent, ça y est !

S’approcher, c’est percevoir les dimensions plurielles de cette recherche de mouvement. Dans le papier, d’abord. Dans sa résistance, sa finesse, son élasticité, sa chaleur, sa trame, sa masse ou sa légèreté, sa transparence ou son opacité. Des années de dessin ont donné à Sarah l’intuition du papier…

Voir la composition, ensuite. L’agencement des tailles douces sur la feuille comme autant de faces déployées d’un solide inconnu, l’agencement des nuances : voilà la concrétisation des œillades préparatoires, de ces petites dragues d’atelier. C’est comme une évidence, comme d’heureuses retrouvailles, c’est l’harmonie. Mais attention, l’amour n’est pas fusionnel : entre les figures serpentent les lisères, les bords blancs. C’est le tempo. La vibration des plaques tectoniques qui dérivent et se cognent.

La fuite de l’immobilité ne s’arrête pas là, pas encore. C’est maintenant de profondeur et de spatialisation qu’il s’agit, mais aussi de synthèse entre les dimensions précédentes. Par addition d’une seconde création à la première, gravée à nouveau ou tombée devant elle comme un voile qui révèle et qui cache à la fois, ré-entrent en scène la transparence ou l’opacité du papier, l’équilibre des formes et la superposition des teintes.  Mais il y a intrusion. La vibration tend au flou. L’espace entre les couches permet à l’œil du regardeur de vivre une expérience singulière selon l’endroit où il se trouve. D’où il scrute ! Car apparaît un secret, une image à peine révélée qui ouvre – dès lors – un champ imaginaire sans limites. Ce sont ces bruits sur la rétine, ces indiscrets perpétuels, ces immanents jamais figés, traces de ce qui est, et brouilleurs de message.

Chaque pièce de ce travail peut être vue comme l’un des photogrammes du film qui dirait la recherche plastique de Sarah Behets : le mouvement y est temporel, c’est le texte sans mots du processus. Les sculptures de papier et de cuivre sont des matrices, des réminiscences de gestes d’atelier : elles offrent la possibilité d’appréhender la grande cohérence de l’œuvre.

C’est le dernier mouvement : l’image médusante, la beauté d’une pensée en ébullition.

 

Laurence Baud’huin, août 2018

[1] Le Nouveau Petit Robert ©Dictionnaires Le Robert – VUEF, 2002.

 

Le travail de Sarah Behets est à découvrir à la Maison CFC de 10h à 18h
Vernissage le jeudi 6 septembre à 18h.
Exposition du 7 septembre au 28 octobre
Entrée libre
https://www.maisoncfc.be/fr/agenda/

Sarah Behets – Bruits sur la rétine

Rodolphe Lambert – Talisman

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?

Rodolphe

L’univers de Rodolphe Lambert a plusieurs portes d’entrée.

Et des passages secrets.

Vous pouvez par exemple pousser celle de l’Histoire : vous découvrirez la passion de Rodolphe pour les objets-signes. Objets néolithiques aux formes utilitaires – haches disons, mais tellement précieuses, tellement complexes, tellement longues à fabriquer qu’elles ne peuvent l’avoir été pour la coupe. Leur perfection en fait des offrandes, des présents qui symbolisent la reconnaissance.

Vous pouvez vous y glisser par la porte formelle : vous déambulerez entre fuselages et aérodynamismes, caresserez les formes oblongues auxquelles aucune main ne résiste – haches, toujours, et percuteurs ; vous reconnaîtrez les volumes tendus propres aux ailes des autos, les jambes alertes des chevaux Playmobil, les masses effilées des télécommandes.

Vous pouvez pénétrer là par la façon, le travail. Vous passerez alors du temps à observer Rodolphe. Le temps de l’étude, le temps de la déambulation, des lectures, des collectes : le temps qu’il faut pour faire le plein d’images. Le temps de la préparation, de la création des outils, des moules. Le temps de la couleur, des tentatives et tentations. Le temps des abandons. Le temps du modelage puis le temps de l’attente : le temps de la cuisson. Le temps de la série, de la répétition, des variations, des assemblages aussi ; le temps d’exposition.

La porte des matériaux, elle, s’ouvre en douce sur une aire de jeu. Si vous y entrez, on vous verra, bientôt, plaisanter avec la sémantique, mêler le vrai au faux, renverser les apparences. Vous vous amuserez, sérieux comme un enfant qui crée le monde en associant des cubes, assis sur un tapis aux formes géométriques auxquelles depuis toujours il reconnait des pouvoirs magiques.

Le chemin que vous suivrez sera, comme vous, pluriel et singulier. Il vous appartiendra…

Entrez.

Laurence Baud’huin, juillet 2018

Rodolphe Lambert expose au Clignoteur du 15.09 au 07.10.18
Infos : http://leclignoteur.be ou https://www.facebook.com/clignoteur/

Rodolphe Lambert – Talisman

Il existe encore des vivants

Besoin d’un texte ? Contactez-nous !

La rédaction culturelle : qu’est-ce que c’est ?


(Un article écrit en collaboration avec Caroline Coco, à lire sur le site du CESEP : http://www.cesep.be/PDF/SECOUEZ/SECOUEZ_114.pdf)

 

Discuter saveurs et couleurs est plutôt mal vu. Sauf en politique, puisque c’est là sa raison d’être. Partout, les hommes vénèrent – pour beaucoup sans y toucher – la couleur jaune tirée des mines, vêtue de noir au fond des puits. La planète bleue se rêve boule d’or et l’addiction dorée gangrène les gouvernances. Chez nous, représentation oblige, le pouvoir joue à changer de couleurs, à les combiner pour mieux refléter le camaïeu de son électorat. Du rouge, du bleu, du vert, de l’orange…  Ça fait un peu brouillon : n’empêche, chacun existe, ou… existait. Il y a peu, parce que d’aucuns espéraient des tonalités nouvelles, contrastées et tranchantes comme tranche noir sur jaune, ou parce que cet appel de l’or se faisait bien pressant, les valeurs ont changé. On a continué à mélanger, bien sûr, mais ce noir et ce jaune, avec – ah oui, quand même – une petite touche de bleu et une autre d’orange, ça a donné un amalgame… Comment dire ? Brunâtre, et plutôt salissant. Aux taches sombres portées par des mutants se mettent alors à répondre les zones claires, portées par des vivants : pour réparer, créer, rechercher le progrès social. Et rendre visible.

Jeunesse nomade : risquer la rencontre, prendre la parole

A l’heure où « Génération identitaire », gonflée par une propagande qui transpire Vichy, s’autoproclame en milice privée de jeunes[1] pour empêcher, avec grands moyens et violence, les migrants de traverser les cols alpins, une autre jeunesse existe, moins visible, et trace avec conviction d’autres sillons. Ces jeunes, les uns Belges, les autres réfugiés, n’attaquent pas la montagne, ils l’escaladent. Ils tâtonnent pour trouver des points d’amarrage et échangent leurs mousquetons. Quarante-cinq d’entre eux, issus de maisons de jeunes et de centres pour demandeurs d’asile[2], ont créé, avec le soutien d’artistes professionnels, le spectacle « Jeunesse Nomade »[3]. Nous avons rencontré Inès, Jimmy et Gevorg (jeunes nomades), et Valérie Hébrant (co-coordinatrice[4]). A l’entame du projet, pas de spectacle au bout de l’aventure mais quatre rencontres et une semaine de résidence en août 2017. L’idée était d’apprendre à se connaître via le partage de pratiques culturelles, explique Valérie. On ne pensait pas arriver à un tel résultat. Pour nous c’était le processus qui comptait. Vidéo, danse, théâtre, musique, ont été leurs pics et leurs crampons pour hisser plus haut leur voix. Comme le dit Gevorg, quand je monte sur scène je me sens artiste, car les artistes ont plus de pouvoir que les jeunes. Monter sur scène nous donne le droit à la parole. Une parole forte et critique qui questionne les raisons et la souffrance de l’exil, les conditions d’accueil, les rencontres avec les autochtones. Ils voulaient montrer autre chose que les actions d’urgence humanitaire, plus médiatisées. Mais la montagne est rude, certains ont été arrachés de la cordée par ordre de quitter le territoire. A chaque représentation, on ne sait pas qui sera là ou ne sera plus là, dit Valérie. Le processus se pose en résistance au fait que presque rien n’est prévu pour que les jeunes demandeurs d’asile rencontrent d’autres jeunes. Le cadre légal ne prévoit pas cela et ne donne aucun moyen, donc quelque part l’empêche, explique Valérie. Jimmy et Ines racontent à quel point leur vision a changé, et évoquent leur envie d’agir aujourd’hui, en comprenant mieux les enjeux. Alors qu’au début, les jeunes avaient la crainte que le spectacle soit mal reçu par le public, ils voudraient maintenant jouer devant un public plus « hostile » qu’ils se sentent prêts à affronter. Arrivés au sommet du col, ils ont imaginé ensemble une fin qui leur convienne : en août 2018, une nouvelle résidence et un festival Jeunesse Nomade sont prévus avec de nouveaux participants[5].

Les chercheuses de la Petite Ecole

Parce que, face à l’inédit, les enseignants sont des chercheurs plus que des passeurs de savoir, trois profs du secondaire créent en 2010 l’asbl RED – Laboratoire Pédagogique. Alors qu’elles répondent à un appel à projet, deux membres tombent, dans un parc d’Anderlecht, sur la population Dom de Syrie. Marginalisés dans leur pays, les Doms sont historiquement ascolarisés. Et analphabètes : leur langue, le Domari, est exclusivement orale. Cette population qui n’a eu aucun contact avec l’école, se retrouve démunie face à l’obligation scolaire. Quant aux établissements qui accueillent les Doms, ils le sont tout autant : comment intégrer dans les classes ces élèves qui ne savent ni tenir un crayon, ni rester assis sur une chaise ? Des enfants pour la plupart traumatisés par les bombardements, puis par la violence de l’expérience de l’exil ? Ainsi naît la Petite Ecole[6]. Son but : créer un dispositif d’accès à l’éducation aux enfants de migrants qui leur permette, à terme, d’intégrer le système scolaire. Le projet se développe autour de trois axes. Le premier, c’est l’accueil des enfants 4 jours par semaine de septembre à juin. Il se dessine autour de rituels qui visent principalement à l’apaisement, à l’autonomisation et à la découverte, et se colorie d’un programme adapté aux besoins. Vient ensuite la médiation culturelle avec les parents, grâce au petit déjeuner quotidien et aux réunions mensuelles qui permettent de faire le point sur les progrès ou les difficultés de leurs enfants. Le pôle recherche constitue la dernière mission de la Petite Ecole : intervisions hebdomadaires, organisation de séminaires et de rencontres avec des interlocuteurs internationaux, et la collaboration avec des universitaires afin de concevoir une grille d’évaluation. Question financement, Juliette Pirlet et Marie Pierrard, porteuses du projet, sont soutenues par le Ministère de l’Enseignement et par celui de l’Aide à la Jeunesse, qui, chacun, à titre exceptionnel et donc ponctuel, offrent un poste à mi-temps et une aide financière pour les frais liés au fonctionnement de l’école. S’ajoutent des dons privés et l’aide du fond philanthropique d’une banque. Pour généreux qu’ils soient, ces dons et subsides ne garantissent pas la pérennité de l’aventure, assujettie à la constante recherche d’argent. Bien sûr, on risque de ne pas tenir longtemps, dans les conditions actuelles, déplore Juliette, mais d’un autre côté, nous tenons à notre liberté. L’essence du projet est expérimentale, et tant que nous sommes dans cette période d’essai, nous voulons rester les plus libres possibles de changer, d’évoluer, sans nous retrouver cadenassées. Elle ajoute : Je ne pense pas que ce soit à l’Etat de tout prendre en charge, je pense que c’est au citoyen d’être créatif, de prendre des risques… l’argent peut venir de l’Etat, mais s’il impose sa manière de faire, alors, on perd la force. Avec une détermination sans faille, Juliette dit encore : en fait, il nous faudrait une équipe, des enseignants-chercheurs qui déploient autant de petites écoles qu’il n’y a d’urgences, chacune avec ses spécificités. Car, des problèmes liés à la scolarisation, des besoins en termes de dispositifs d’accroche, il y en aura toujours.

Globe Aroma : l’offre d’un statut, d’une dignité

C’est compliqué de savoir où sont les priorités : pour le moment tout est prioritaire. Ces mots sont ceux d’Els Rochette, directrice artistique de Globe Aroma[7], « Maison des Arts Ouverte » où, le 9 février dernier, des artistes se sont fait arrêter parce qu’ils étaient sans-papiers. Parmi eux, Jiyed, peintre Mauritanien enfermé depuis au 127 bis. Son témoignage, édifiant, se trouve en page … . Le monde associatif, entre autres, a dénoncé les faits. Fabrice Murgia, directeur du Théâtre National, parle « d’un acte terroriste pour les secteurs culturels et associatif »[8]. Els parle d’une attaque, d’une prise d’otage. Ils m’ont dit que si je donnais ma carte d’identité je pouvais partir, j’ai refusé, ils m’ont menottée et emmenée dehors. Aujourd’hui, pas d’explication. Le Bourgmestre de Bruxelles et les autorités fédérales ont un discours différent.  Qui sont ces artistes ? Beaucoup étaient déjà créateurs dans leur pays. Une des missions de l’association est de leur permettre de poursuivre leurs pratiques culturelles. C’est la particularité de Globe Aroma : l’acte artistique et le processus de création travaillent à l’émancipation. Ils se sentent de nouveau humains, ils avaient perdu ça dans leur pays, sur la route, par la façon dont ils ont été traités comme des criminels, et ici ils se sentent chez eux. Cela en dit long sur le manque de prise en charge psychologique des personnes qui arrivent… Aujourd’hui, des voix se lèvent pour défendre l’idée que l’accompagnement est essentiel. Chez Globe Aroma, les méthodes de travail ont des avantages et inconvénients : la Maison Ouverte accueille tout un chacun, met à disposition l’espace et reste flexible pour répondre aux demandes. Mais les créateurs n’ont pas toujours les moyens d’aller en profondeur dans leur démarche. Ce qu’il nous manque, c’est un coaching, pour rendre ces artistes visibles en les outillant pour qu’ils puissent entrer dans des réseaux existants. En réaction à la rafle, une plateforme se construit autour de trois enjeux. Premièrement, être solidaires, savoir que si une arrestation se passe ailleurs, les réactions seront plus immédiates. Deuxièmement, informer sur les droits des associations. Peut-on filmer ? A-t-on le droit d’intervenir contre la police ? Enfin, un plaidoyer vers nos dirigeants. Els n’a pas osé filmer au moment de l’attaque mais a demandé aux policiers pourquoi les gens doivent tenir leur main sur leur tête. Un policier a dit que ce n’était pas nécessaire, un autre a dit qu’ils étaient assez jeunes pour mettre leurs mains sur leur tête prétextant qu’ils avaient peut-être des armes. Cela questionne aussi sur le pouvoir que s’accapare une partie des policiers. En partant, l’un d’entre eux dira : « nous reviendrons ! ». Est-ce que les plumes, les pinceaux, les crayons seront des armes assez puissantes pour empêcher cela de se reproduire ? Peut-être pas, mais en attendant, chez Globe Aroma, chacun de ces sans-statut retrouve un statut d’artiste… symbolique.

L’or déclenche les guerres. Les guerres font fuir les hommes. Les hommes se réfugient. Les politiques d’accueil sont pensées par le pouvoir, lui-même fasciné par l’or. Il refuse de partager. Les réfugiés ne doivent pas affluer. Les réfugiés doivent rester invisibles, avec ou sans papiers.
Il existe encore des vivants, mais il faut oser arpenter d’autres chemins pour les rencontrer. Ils ne cherchent pas l’or. Certains ne font même pas partie d’un électorat à séduire. Ils sont juste là. En recherche de vie et de dignité.

En complémentarité aux actions qui pallient l’urgence par l’urgence, chacun des trois projets ci-dessus tente une réponse plus structurelle. Jeunesse Nomade, La Petite Ecole et Globe Aroma expérimentent, avec leurs spécificités, d’autres façons d’accueillir, de ré-humaniser et de dire. Ils essayent aussi de faire réseau, pour construire des ponts, se questionner, s’évaluer et se réajuster. Tous trois se construisent dans une incertitude éprouvée : comment s’assurer les moyens humains et financiers pour continuer ? Quelles seront les cartes que jouera le pouvoir en place ? Qui seront les prochains à recevoir l’ordre de quitter le territoire ? Rien n’est acquis. Malgré tout, Jeunesse Nomade réunit, crée une parole collective et émancipe. Elle rend visible. Malgré tout, la Petite Ecole interroge, cherche, s’adapte, favorise l’insertion. Elle rend visible. Malgré tout, Globe Aroma offre un lieu, un cadre, un tremplin, un statut. Elle rend visible.

A nous de ne pas fermer les yeux…

Caroline Coco et Laurence Baud’huin

 

[1] Officiellement mouvement politique de jeunesse, dixit le site www.generationidentitaire.org

[2] Fedasil ou Croix Rouge, certains en famille, certains mineurs d’âges non accompagnés

[3] Plus de contenu sur http://www.fmjbf.org/jeunesse-nomade/

[4] Pour la Fédération des Maisons de Jeunes en Belgique francophone

[5] Bientôt plus d’infos sur le site www.fmjbf.org

[6] http://www.redlaboratoirepedagogique.be/projet-pedagogique/

[7] http://www.globearoma.be

[8] Journal Le Soir, 12 février 2018

Il existe encore des vivants